• Mais où sont passés les Lumières ?

    Posté le 22 novembre, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Photo AFP

    Après réflexion, les électeurs ont éradiqué la peste en écartant définitivement Sarkozy du pouvoir pour… le remplacer par le choléra, François Fillon. Et se pose désormais la question : Juppé pourra-t-il rattraper son retard astronomique comme Fillon l’a fait dans la dernière ligne droite avant le premier tour des primaires, à la grande surprise de (presque) tout le monde ? Ce serait miraculeux pronostique déjà le Gotha des gens autorisés, des chroniqueurs aux politiques avisés. Peut-être. Peut-être pas. On a une semaine d’attente pour le découvrir.

    Et ensuite, si Fillon gagne les primaires, sera-t-il élu président de la République ? Si c’est le cas, il faudra se préparer au pire. Une majorité ne préférera-t-elle pas Marine Le Pen – puisqu’il paraît qu’elle sera au second tour – car elle propose une politique sociale bien plus généreuse et a priori humaine ? D’autant que l’on peut sérieusement se demander quelles personnes handicapées (elles sont plus de 6 millions) et quels fonctionnaires (ils étaient quelque 5,6 millions en 2015) vont voter pour Fillon, sachant qu’il va mettre les premières au régime sec et mettre 10 % des seconds à la porte, d’une façon ou d’une autre, entre autres joyeusetés programmées ?

    Je vis dans une période surréaliste où je me mets à espérer que Juppé soit le vainqueur final. Si on m’avait prédit ça un jour, je n’y aurais pas cru. Malheureusement, ça semble tellement utopique aujourd’hui.

    La France qui se profile, que l’on nous promet, n’est pas la mienne et ne le sera jamais. Excepté tous ceux qui se frottent les mains à l’idée de se faire encore plus de fric, les grands patrons et tous ces nantis qui n’en ont jamais assez et guère le souci de leur prochain, ou si peu, qui peut soutenir la politique que nous concocte ce conservateur ultralibéral de Fillon, à côté duquel le programme que nous propose Juppé semble presque une panacée ? Je cauchemarde. J’hallucine. Qui sont les Français qui adhèrent à un tel avenir, une telle régression sociale, politique et laïque, promise fièrement ? Oui laïque, car c’est également l’intégrisme catholique, moralisateur, intolérant et radical qui se mobilise pour son élection en 2017, allié à un féminisme tout aussi intolérant, ne faisant guère honneur aux féministes humanistes. Qui sont ces Français xénophobes, racistes, sécuritaires à l’extrême, si angoissés et désabusés par trop de trahison, trop de mépris et d’incompétence chez nos édiles, qu’ils préfèrent se jeter dans les bras d’un autoritarisme démagogique ou le Front National, quitte à être encore plus étranglés par une politique économique qui s’annonce sans pitié, à côté de laquelle celle de Hollande et de Valls paraîtra très vite un moindre mal ? Ce qui est un comble. Même les élèves pour avoir droit à l’uniforme, avec ce cher président ! Pour sûr que ça me résoudre tous les problèmes éducatifs.

    Le nombre de pauvres ne pourra qu’augmenter. Et ceux qui le sont déjà le seront encore plus. Les couples gays ne pourront plus adopter, plus de PMA pour les couples lesbiens, l’avortement va être restreint, les retraités et les chômeurs vont devoir se serrer la ceinture – s’ils ont les moyens d’en avoir une –, les minima sociaux – RSA, AAH, etc. –, vont être réformés au détriment des plus démunis, des plus précaires, donc des plus fragiles qui n’auront que leurs larmes pour pleurer et des regrets à ressasser.

    C’est ça la France que d’aucuns (se) souhaitent ? C’est ça la justice sociale ? C’est ça une société de progrès ? C’est ça l’intégration ? C’est ça l’égalité des droits et des chances ?

    On en arrive à espérer une récession très rapide dans l’espoir d’un choc cathartique ? C’est dramatique.

    Je ne peux pas cautionner un tel aveuglement, une telle surdité, une telle obstination, un tel déni de démocratie, une telle absence de solidarité par manque d’amour et de lucidité. Par manque de courage et d’intelligence du cœur peut-être par-dessus tout.

    Tant de Français sont devenus des lemmings à force d’avoir été trompés et exploités, sauf que le comportement suicidaire des premiers semble de moins en moins être un mythe contrairement aux seconds.

    Pour ma part, je refuse d’adhérer à ce nihilisme déshumanisé. Je ne cesserai de lutter pour le respect de nos libertés, pour la sauvegarde de nos droits et pour la défense d’une égalité réelle, du multiculturalisme, de la diversité, de la multiplicité et d’une authentique laïcité. Je refuse cette psychose ambiante, cette sinistrose galopante et cet individualisme ravageur. La France mérite bien mieux que tous ces politiciens opportunistes et arrivistes, sans vision, sans parole, sans envergure, sans culture et sans états d’âme.

    Car n’imaginez pas, vous qui soutenez une telle politique régressive, en dépit du bon sens le plus élémentaire, que le prochain président, quel qu’il soit, réduira ses émoluments et ceux de ses ministres de façon drastique, ils ne sont pas fous. Ils se contenteront de regarder une certaine France crever la bouche ouverte.

    Dites-moi que les Français vont se réveiller.

  • En toute illégalité, accompagnement sexuel et hypocrisie française

    Posté le 14 septembre, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Du 15 au 18 septembre prochain, l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel organise la quatrième formation pour futur(e)s accompagnant(e)s à la vie affective, intime, sensuelle et/ou sexuelle des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie. Lors de cette session, nous formerons huit personnes, quatre hommes et quatre femmes – dont un couple, ce qui est une première.
    Quatre formations se sont déroulées en 18 mois qui ont permis d’accueillir 36 stagiaires au total, dont 40 % d’hommes. Dans le même temps, l’APPAS vient de dépasser les 400 demandes d’accompagnement sexuel, parmi lesquelles seulement quelque 20 % ont pu obtenir une réponse positive – dont seulement 5 % de femmes environ –, du fait d’un manque et d’une répartition encore très inégale des accompagnant(e)s sur le territoire, ainsi que de leur âge – les deux tiers ont plus de 40 ans alors qu’au moins la moitié des personnes qui souhaitent bénéficier d’un accompagnement sexuel a entre 20 et 30 ans.
    Bien évidemment, tout cela se pratique toujours dans la plus totale illégalité et… en toute transparence. L’APPAS fait tranquillement du proxénétisme bénévole dans une société qui se voile allègrement la face car les politiques, la justice et les opposants historiques – certains mouvements féministes radicaux et les mouvements antiprostitutionnels qui font du prosélytisme populiste – sont bien embêtés par la situation. Au point de préférer la politique du « qui ne dit mot consent » à un discrédit certain en cette aube du XXIe siècle.
    À cette situation aussi ubuesque que surréaliste s’ajoute désormais, depuis le mois d’avril dernier, la déplorable (à mon sens) pénalisation des clients. En effet, nonobstant l’incohérence législative – comment peut-on condamner quelqu’un qui a recours à une activité légale, en l’occurrence la prostitution ? – qui osera pénaliser une personne handicapée bénéficiant d’un accompagnement sexuel ? Personne bien sûr, sauf à vouloir se ridiculiser et se retrouver devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH).
    Courage fuyons. Il est vrai que pour obtenir la reconnaissance officielle du Mariage pour tous, cela aura été très mouvementé, hystérique et pathétique (des euphémismes), tant les intégristes moralisateurs et dogmatiques d’un certain catholicisme, allié à un certain féminisme, ont tout essayé afin d’empêcher le vote de cette loi humaniste indispensable dans une société de progrès qui défend les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité – du moins en apparence pour certain(e)s.
    Soit, je suis proxénète bénévole et je l’assume, je le revendique même. Car cette situation liberticide, aux conséquences inhumaines parfois, est aussi désolante qu’intolérable à mes yeux, au regard de la souffrance, du désarroi, voire de la détresse que l’APPAS ne cesse de rencontrer sur le terrain. En refusant la légalisation de l’accompagnement sexuel, c’est à la liberté individuelle et au droit privé que l’on s’attaque sans vergogne, de surcroît avec des arguments spécieux voire mensongers et une intolérance évidente. « J’en veux juste pour preuve la réponse de Caroline de Haas, féministe antiprostitutionnelle notoire, à une question de Rokhaya Diallo, dans l’émission Alter-égaux du 12 mars 2015. En résumé, cette dernière lui demande (à la 27e minute environ de la vidéo) ce qu’elle fait de la liberté des professionnel(le)s du sexe volontaires et autonomes, pour s’entendre répondre, après une certaine insistance, par une Caroline de Haas à bout d’arguments, qu’elle n’a pas de solution pour protéger les unes (les prostituées victimes d’exploitation ; d’hommes et de mineurs, il n’est pas question, probablement parce qu’ils sont trop peu nombreux pour qu’on en parle) tout en respectant le choix des autres (les professionnel(le)s du sexe, puisque c’est ainsi qu’ils et elles se définissent). En conséquence de quoi, elle préfère soutenir une législation discriminante favorable à la majorité, quitte à ce que ce soit au détriment de la minorité, plutôt que de ne rien faire. Comment ne pas rester pantois devant une telle argumentation ? Jusqu’où peut aller l’intégrisme ou la radicalité dogmatique… dans un pays prétendument républicain et démocratique ? Exclure les minorités, c’est tellement plus simple pour la majorité ! C’est une vérité vieille comme le monde mais rarement exprimée aussi clairement. Un tel positionnement est du même ordre que celui qui consiste à dire que l’on est pour l’accompagnement sexuel à condition qu’il soit bénévole ; ou à prétendre, comme je l’ai entendu avec consternation, que les personnes accompagnées prennent des risques à se retrouver seules dans leur chambre avec un(e) accompagnant(e) sexuel(le), que le sexe pour le sexe ce n’est pas gratifiant, etc. En fait, où est le dialogue lorsque l’on a affaire à une rhétorique pareille, truffée de contrevérités, de non-sens, de mauvaise foi, le tout en ayant évidemment un discours sans nuance qui généralise, puisque l’on a l’outrecuidance de penser à la place des autres ? Comment trouver un terrain d’entente dans ces conditions ? »
    En fait, aujourd’hui, la question qui se pose principalement est, me semble-t-il : combien de temps faudra-t-il encore afin d’obtenir la reconnaissance officielle de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et/ou sexuelle des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie, en France ? Parce que, d’évidence, ce n’est qu’une question de temps, de courage politique et d’intelligence du cœur.
    En effet, il me semble impensable, impossible même, qu’une exception à la loi sur le proxénétisme ne voie pas le jour, tôt ou tard, dans une Europe où un grand nombre de pays ont déjà légalisé, parfois depuis plus de 30 ans, un type d’accompagnement très spécifique qui est, certes, une forme de prostitution mais dont les bienfaits ne sont plus à démontrer. Nous ne cessons d’en avoir la preuve à l’APPAS depuis 18 mois.
    La liberté a un prix, nous ne pouvons pas ignorer cette réalité du fait d’un engagement – bénévole, je me rappelle – de tous les instants, intense, prenant, épuisant et décourageant quelquefois, de plus en plus débordés par l’ampleur des attentes et des besoins, car l’association manque cruellement du nerf de la guerre : l’argent, sans lequel il est impossible de répondre autant et aussi bien que le souhaiteraient les membres de l’APPAS. Pour autant, le renoncement n’est pas à l’ordre du jour, loin s’en faut.
    Avis aux candidat(e)s à l’élection présidentielle de l’année prochaine…
    Marcel Nuss
    président-fondateur de l’APPAS

  • A chacun son burkini

    Posté le 19 août, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Qui se rappelle qu’à la fin du XIXe siècle, nos arrière-arrière-arrière-grands-mères avaient des costumes de bain qui ressemblaient à s’y méprendre au burkini ? Et que, au début du XXe siècle, quand aller à la plage devint une mode pour la bourgeoisie à la page, les baigneuses étaient vêtues de la tête aux pieds, s’affublant même, pour des raisons d’hygiène, de bonnets de bain froufroutants – et les hommes n’étaient guère mieux lotis ; du reste, à l’époque, ce costume bouffant était en laine. Et puis, Coco Chanel est passée par là, dans les années 1920, pour lancer la mode du bronzage et, par la même occasion, celle de l’ancêtre du maillot de bain une-pièce. Ensuite, autres temps autres mœurs, Mai 68 est venu bousculer notre morale et notre rapport au corps… Dans la foulée, le naturisme, dont les prémices remontent à la fin du XIXe siècle, a pris de l’essor en se démocratisant et en s’élargissant à toutes les couches de la population et dans toutes les sphères sociales.

    Je me souviens que, dans les années 1960, alors adolescent, en voyant des images d’archives sur la chaîne de télévision unique, je trouvais nos trisaïeuls ridicules, tous sexes confondus, j’avais l’impression de contempler un autre monde ; pour moi, c’était totalement incompréhensible qu’on puisse se baigner dans un tel accoutrement.

    Pourtant, aujourd’hui, le burkini choque, suscite des réactions de rejet démesurées, parfois même violentes, une intolérance quasi épidermique et disproportionnée. Entre les tenants radicaux de son interdiction et les tenants souvent tout aussi radicaux d’une interdiction d’interdire, nous nageons dans une sorte d’hystérie collective à relents religieux, islamophobie oblige.

    Les esprits s’échauffent à tort et à travers, me semble-t-il.

    Tout comme lorsque j’étais adolescent, je trouve cette tenue de bain aujourd’hui toujours autant ridicule. Sauf que le contexte culturel n’est plus le même. Nous sommes au XXIe siècle, un tel vêtement est donc imprégné, à mes yeux, d’une forte connotation antiféministe et intégriste – sans que l’on puisse avoir la certitude qu’il est porté librement et de façon pleinement éclairée ou non. Dans tous les cas, que ce soit consciemment ou non, ce « costume de bain » a une fonction d’exclusion ; c’est un rempart implicite ou explicite vis-à-vis de l’environnement ; de plus, il affiche de façon ostensible un signal de non-appartenance, donc de non-intégration culturelle. Même si ce n’est pas voulu et ressenti ainsi de la part de celles qui revêtent un burkini.

    D’un point de vue purement juridique, il n’y a aucune raison d’interdire le burkini en France. Le fait qu’il véhicule et réveille des démons ségrégationnistes et racistes, dans une période sous haute pression du fait d’attentats terroristes à répétition, ne justifie pas une telle interdiction à mes yeux ; ce qui n’empêche pas la justice de valider des arrêtés municipaux anti- burkini aux arguments très discutables. À ma connaissance, à ce jour, on n’a jamais interdit à un homme de se prélasser sur une plage et de se baigner avec une kippa[1] ou une croix ostentatoire, pas davantage qu’à une nonne de se promener sur la plage dans son « uniforme », au risque de susciter ainsi une impression très désagréable de « deux poids, deux mesures », d’inégalité et/ou de sexisme en somme.

    Certes, nous sommes confrontés à une forme de régression stigmatisante ; doublement stigmatisante, car cela peut être tout aussi gênant pour des estivants d’être à côté d’une femme en burkini que cela peut être gênant, pour une femme en burkini, d’être à côté de personnes en bikini, voire monokini ou totalement nues, mais libre à chacun et chacune de changer de place ou de se détourner dans ce cas, de se voiler la face si l’on veut…

    En fait, cette polémique me ramène au champ du handicap. Le handicap, qu’est-ce que le handicap à avoir dans cette histoire, vous direz-vous ? Et pourtant. Les deux, le burkini et le handicap, sont otages d’une stigmatisation culturelle et politique ambiante et prégnante parce qu’ils sont affaire d’apparence donc d’image – des images que les médias prennent trop fréquemment un plaisir pervers et dangereux de brouiller si ce n’est, au pire, de détourner –, de regard, d’ouverture d’esprit, de tolérance et de liberté. De fait, nous sommes de plus en plus clairement face à une approche réductrice de la personne, ne reposant que sur son apparence et des préjugés socioculturels qui marginalisent par méconnaissance et peurs ataviques.

    Personnellement, alors que nous sommes au XXIe siècle dans le prétendu pays des Lumières, je ne peux toujours pas me promener dans un lieu public sans que l’on se retourne sur moi car l’on est choqué, dérangé, perturbé, mal à l’aise voire agressé visuellement par les stigmates de mon corps « atrocement » déformé par le handicap ; il fut même un temps où un éminent professeur de médecine n’hésita pas à m’enjoindre de rester dans l’enceinte de l’hôpital pour ne pas choquer les gens[2] ! De même qu’il m’arrive parfois de croiser des femmes qui se signent à mon passage, comme si j’étais la personnification d’une émanation du mal. Dans les circonstances les plus violentes, on est même allé jusqu’à souhaiter ouvertement devant moi que l’on me tue ou que l’on me pique. C’est dire l’impact de l’image dans notre société, les peurs qu’elle draine et qu’elle révèle. Et il en est de même pour les signes religieux manifestes ; par les temps qui courent, spécialement quand ils sont islamiques : burqa, tchador, hijab ou le burkini, par exemple.

    La différence dérange, l’autre dérange dès qu’il n’est pas considéré comme son semblable, c’est-à-dire dès que l’on se heurte à une impossibilité de se projeter et de s’identifier à lui. À ce moment-là, il devient au mieux une gêne que l’on va plus ou moins bien tolérer et, au pire, un danger imaginaire que l’on va vouloir rejeter de toutes les manières possibles. Dans les deux cas, tout est bon pour justifier l’injustifiable, les plus vils comportements, les plus inacceptables, les plus inquiétants, les plus discriminants. Et la laïcité a bon dos que l’on appelle au secours dès que l’on n’a pas de réponse intelligente et consensuelle à offrir.

    Les uns, les « handicapés », on va essayer, autant qu’une certaine morale judéo-chrétienne le permet, de les reléguer à la marge, entre les murs de soi-disant « foyers de vie » qui ne sont bien trop souvent encore que des mouroirs – surtout que l’accessibilité est le dernier souci de la gauche actuelle. Les autres, en l’occurrence les « Arabes » ou du moins certains d’entre eux, il faut par tous les moyens leur faire comprendre qu’ils sont de trop « chez nous », qu’ils n’ont rien à faire ici ou, de préférence, les dissuader d’essayer de tenter leur chance dans le pays des droits de l’homme et du citoyen…

    Cependant, si je ne peux pas changer mon apparence, je vais en revanche faire tout mon possible afin d’éviter autant que faire se peut des situations qui pourraient « indisposer » mes concitoyens ; choquer pour choquer n’a jamais été une démarche très constructive.

    Or, a priori, c’est un critère de sociabilité et de socialisation, de vie en communauté, dont les femmes habillées d’un burkini ne semblent pas tenir compte. Et c’est dommage autant que préjudiciable à tout le monde, notamment à l’islam et à la culture musulmane la plus authentique, celle dont le Coran est porteur, pleine d’humanisme, d’humanité et de sagesse. C’est d’autant plus dommage et dommageable que ces comportements de provocation ostensible font le bonheur des intégristes, des terroristes de tout poil.

    Ce n’est pas ma vision du vivre ensemble, du respect des libertés individuelles qui s’inscrit dans le principe fondamental que « toute liberté s’arrête là où commence celle des autres ». À ce titre, je serais partisan d’une interdiction de tout signe religieux ostentatoire sur une plage qui est un lieu de convivialité et de loisirs par excellence, non un lieu cultuel. Celui qui a la foi, une foi véritable, la porte en lui, en son cœur et en son âme, il n’a nul besoin de la brandir ostensiblement à moins d’être faible, orgueilleux et/ou intolérant. Qu’en pensez-vous ?

    Par parenthèse, pour en avoir fait l’expérience, il est remarquable de noter la tolérance que l’on rencontre dans les camps de nudistes, l’apparence ne gêne personne dans ce milieu car tout le monde assume sa différence, donc sa spécificité, ses particularités morphologiques et physiques, tout en laissant son statut social au vestiaire ; tous égaux ! C’est une réalité à méditer.


    [1] Si l’on n’interdit pas le port de la kippa sur les plages, on peut être lâchement poignardé parce que l’on porte une kippa ; c’est ce qui vient d’arriver à Strasbourg le 19 août.

    [2] En dépit du bon sens, autobiographie parue aux éditions de l’Éveil en juin 2015.

  • Hommage à la vie

    Posté le 16 juillet, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Chauffeur fou. Malade de haine. Camion meurtrier. Carnage. Tuer ! Tuer.

    Promenade des endeuillés. Promenade ensanglantée. Tuer ! Tuer. Même des enfants, lui qui fut père.

    Sans discernement, sans distinction, avec rage, une rage sanguinaire.

    Faucher. Écraser. Assassiner la vie, la liberté, la différence, un certain bonheur, un certain regard, une autre pensée. Assassiner. Écraser. Faucher. Tuer ! Et encore tuer. Massacrer.

    Et mourir, satisfait et repu.

    Horreur. Que la vie peut être une horreur innommable ! Un enfer destructeur en quelques secondes. Par la volonté de fous. De fanatiques embringués par des schizophrènes assoiffés de vengeance.

    Vengeance insane perpétrée par des lâches. Derrière leurs bureaux. Au volant d’un camion sans âme.

    Et le racisme et la haine et la xénophobie la peur de l’autre la peur de tout qui s’enflamment.

    Quelle manne pour tous les anti ! Anti-arabes, anti-vie, anti-amour, anti-liberté, anti-tout, anti-tous.

    Tant de lumières se sont éteintes sous un feu d’artifice. Tant d’artifices factices ont volé en éclats sous le choc d’un pare-choc dément.

    Qu’il faut être mal heureux, mal dans sa peau, mal dans sa tête pour tuer froidement et bêtement ! Qu’il faut être handicapé, amputé d’amour universel.

    Radicalité aveugle, sourde, insensible, pas bestiale, car l’animal tue pour manger donc pour vivre, mais inhumaine. Tellement dépourvu d’humanité et d’amour. Et d’amour. D’un amour véritable.

    Vivre, il faut vivre. Vivre malgré tout. Vivre par-dessus tout. Et aimer malgré tout. Aimer avant tout et par-dessus tout. Il y a tant de vies sans amour. Il y a tant d’amours sans vie. Il y a tant de nuits en plein jour. Il y a tant de jours pleins d’amour. Vivre, il faut vivre.

    Avant de mourir, le cœur léger d’avoir vécu d’amour et de liberté.

    P.S. : En complément, je conseille vivement de lire cet article

  • Handicap : Comment faire des économies grâce au Luxembourg?

    Posté le 27 juin, 2016 Marcel Pas de commentaires

    En 2005, quelques « esprits éclairés » ont réussi à imaginer, rédiger et créer ce que l’on a appelé la loi 2005, « Pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées. »

    Celle-ci reconnaît entre autres, dans l’esprit, la personne « handicapée » comme « sujet » en la mettant au centre d’un dispositif pouvant lui permettre de compenser ses handicaps, en respectant son « projet de vie », par nature mouvant et évolutif.

    Les textes d’application ont été conçus cette fois par des personnes, certes moins éclairées, mais qui tentaient de respecter l’esprit de cette loi, même si plusieurs points restaient dans l’ombre, notamment tout ce qui concerne les tâches dites « ménagères », non prise en compte (ménage, préparation des repas  etc.)

    C’est donc essentiellement « l’annexe 2.5 du CASF » qui servait jusqu’à présent de principal texte d’application de la loi.

    Dans cette annexe, sont fixées notamment des « durées » pour chaque acte essentiel défini par la loi. Pour l’alimentation, par exemple, un maximum de 105 minutes par jour peut être attribué pour aider la personne à manger, tout en reconnaissant que ces temps peuvent être « majorés » en fonction des pathologies différentes.

    Cette annexe rappelle qu’il est nécessaire de tenir compte du projet de vie de la personne handicapée lors de l’évaluation de ses besoins de compensation.

    « Les besoins de compensation sont inscrits dans un plan élaboré en considération des besoins et des aspirations de la personne handicapée tels qu’ils sont exprimés dans son projet de vie, formulé par la personne »

    Cependant, en 2013, sous l’égide de la CNSA, certains représentants des MDPH se sont réunis, pour « revisiter » le chapitre des heures d’aide humaine de la Prestation de Compensation du Handicap.

    L’objectif avoué de cette étude était d’obtenir « un consensus élaboré entre les professionnels des MDPH, qui complétera ces approches en vue d’améliorer l’égalité de traitement sur le territoire. »

    Effectivement, depuis 2006, année de création  des Maisons Départementales des Personnes Handicapées, on a pu constater au fil du temps, des « interprétations » différentes dans l’application de la loi, faisant apparaître des différences de traitement entre les départements, surtout en ce qui concerne les heures d’aide humaine.

    Ce « travail » ainsi entrepris a débouché sur un document dénommé :

    APPUI AUX PRATIQUES DES EQUIPES PLURIDISCIPLINAIRES DE MDPH-GUIDE PCH AIDE HUMAINE

    Ce document « décortique »  tous les aspects horaires d’aide humaine de la PCH, allant bien au-delà de l’annexe 2.5 du CASF, ayant pour but de diminuer le nombre d’heures pouvant être accordées.

    Il prétend assurer une égalité de traitement en minutant le moindre « geste », avec pour objectif de fixer un minutage « moyen », qui sera attribué aux personnes en situation de handicap.

    Pour établir ces minutages, les participants de ce groupe de travail, manquant sans doute d’imagination, se sont basés sur la grille Luxembourgeoise[1][2] :

    « Les temps indicatifs proposés dans la colonne « durée moyenne de la suppléance complète quotidienne pour la sous-activité (sic) » sont basés sur la grille luxembourgeoise2 »

    Ce document reconnaît qu’il peut y avoir des facteurs aggravants :

    « L’impact des facteurs aggravants et des environnements facilitateurs sera apprécié par les professionnels de l’équipe pluridisciplinaire au cas par cas. »

    Ce qui revient à dire que le « cas par cas » subsiste, comme avant… sauf que les MDPH, qui commencent à utiliser ce document depuis le 1er Janvier 2016 (elles sont au nombre de 10 en France, pour le moment) appliquent uniquement les temps moyens, et l’on assiste actuellement, dans les départements concernés à une baisse considérable du nombre d’heures attribuées.

    Tentons  d’analyser un des « tableaux EXCEL », livré avec le document (à partir de la page 67).

    Les évaluateurs remplissent des cases, et obtiennent directement un résultat.

    Voici donc la grille d’évaluation, minutée, pour « donner à manger » à une personne handicapée :

    -          3 minutes pour installer servir ;

    -          2 minutes pour couper les aliments et ouvrir les bouteilles.

    Et quand tout ça est fait… hop le handicapé a 5 minutes pour avaler son petit-déjeuner.

    Le « handicapé », car dans ce registre l’on ne peut plus parler de « personne handicapée », il n’y a plus d’empathie ni de respect de la personne, les : « Bonjour, comment allez-vous ? Préférez-vous ce matin du thé ou du café ? Votre nuit s’est-elle bien passée ? Avez-vous des projets aujourd’hui ? Vous avez entendu aux informations ? », on ne parle pas, on ne communique pas, on mange en 5 minutes.

    Le constat est identique dans toutes les autres grilles proposées dans ce document.

    C’est ainsi, très insidieusement, que l’on passe de la personne handicapée considérée comme sujet, au « handicapé » comme objet.

    Une des raisons du projet de vie des personnes handicapées désirant avoir une vie autonome à domicile, est, entre autres, la déshumanisation du traitement en institution, dû à un minutage imposé pour le « rendement » des tâches effectuées par le  personnel.

    Les MDPH, en imposant un minutage ahurissant, vont réaliser le tour de force de transposer à domicile ce pour quoi  les personnes en situation de handicap fuient les institutions.

    On comprend mieux maintenant pourquoi les heures attribuées sont en baisse.

    Les « évaluateurs », et « les équipes pluridisciplinaires »  sont incités à baisser le nombre d’heures, à travers des arguments souvent fallacieux.

    Voici quelques exemples au hasard de ce guide :

    Page 13 : il est en particulier essentiel de tenir compte des éléments facilitateurs (dont les aides techniques, les aménagements d’environnement, etc.) ;

    Page 14 : le temps maximum ne correspond donc pas à une situation moyenne pour une personne totalement dépendante mais bien à la situation la plus lourde au regard de facteurs aggravants ;

    Page 22 : (pour les « Ex » 24/24 h).

    Afin de déterminer ce temps et compte-tenu du fait que les interventions sont itératives et « diffuses » toute la journée, il est probablement plus opérationnel de retrancher des 24h les temps où aucune intervention ou surveillance n’est nécessaire :

    • · temps de sommeil de la personne ;
    • · temps de présence d’acteurs de soins ;
    • · temps d’accueil de jour ;
    • · temps dans la journée ou dans la nuit où la personne peut rester seule.

    Restons sur ce dernier point, car j’ai assisté à une évaluation ou le représentant de la MDPH posait cette question. Que voulez-vous que la personne handicapée réponde à cette question ? Être accompagné mais … pour faire quoi et pour vivre comment ? À ce stade de questionnement, nous sommes dans le déni d’humanité et dans l’inégalité des droits et des chances.

    Par expérience, pour avoir assisté à une multitude d’évaluations et de CDAPH, aux côtés des demandeurs, il est indéniable que les personnes en situation de handicap ont une très forte tendance à minimiser leurs besoins, par pudeur ou pour des raisons de « non demande d’assistance ».

    Si l’évaluateur ne sait pas percevoir ces situations, forcément cela se ressentira sur l’attribution des heures d’aide humaine.

    Enfin, j’aimerais insister également sur le sort réservé aux « aidants familiaux ».

    La La MDPH35 avait annoncé, depuis le 1er janvier 2016, de nouveaux critères d’évaluation, dont celui-ci : la personne handicapée vit-elle seule ou non ?

    Cette nouvelle différenciation, nous laissait perplexe, jusqu’à la découverte de ce guide d’appui :

    Page 17 : accompagnement par un aidant familial.

    Le statut de l’aidant n’entre pas en ligne de compte pour l’attribution d’un temps d’aide. À ce titre, il peut donc s’agir d’un aidant familial.

    Cela voudrait-il dire que dans d’autres circonstances, le statut de l’aidant entrerait en ligne de compte ?…  En effet, voici ce qui est écrit page 18 : participation à la vie sociale :

    « De même, les activités faites habituellement en famille ou en couple (spectacles, promenades, visites dans la famille, etc.) ne doivent pas être systématiquement valorisées dans le cadre de la participation à la vie sociale et il conviendra d’analyser cet élément en fonction de chaque situation. »

    Page 22 : « Concernant les interventions de nuit, il est difficile de généraliser leur valorisation qui devra tenir compte de la situation concrète de la personne.

    Par exemple, si l’aidant habite sur place (en général un proche familial) seul le temps de l’intervention proprement dite sera pris en compte. Si l’aidant vient de l’extérieur (prestataire, garde itinérante de nuit, etc.) les modalités concrètes de son intervention devront être prises en compte. »

    L’on comprend  mieux maintenant la différence opérée entre les statuts d’aidant familial et d’aidant « extérieur ».

    Les aidants familiaux sont déjà là ! L’on ne va quand même pas « valoriser » (rien que le mot m’amuse quand on sait qu’ils touchent 3.75 euros de l’heure) les moments passés avec leur conjoint(e) ou enfants ou parents !

    Que peuvent savoir ces pseudos professionnels, pour certains d’entre-deux (et là encore je peux fournir des exemples concrets), des moments passés à attendre que tout aille mieux, et attendre encore le moment où il faudra réintervenir auprès de la personne accompagnée, des temps passés à préparer la personne accompagnée pour sortir avec elle, s’assurer que tout le matériel nécessaire est bien dans le véhicule, anticiper les temps de transferts pour ne pas arriver en retard, parce que rien n’est jamais simple et tout cela ne se trouve nulle part dans les fichiers Excel.

    Ce constat lamentable relève de l’inhumain et de l’indigne, alors que l’on entend parler partout et de plus en plus de « l’aide aux aidants ».

    Je suis ce que l’on appelle un « aidant familial » et quand je parle de simple, double ou triple peine, tous les aidants familiaux me comprendront.

    Je vis avec mon épouse handicapée 24h/24, même si, bien entendu, nous avons des heures d’aide humaine.

    Je dis souvent que, même si je « vis » avec une personne handicapée, de surcroît mon épouse, je ne perçois pas pour autant ses besoins et ses attentes comme elle seule peut le faire. Je ne suis pas « handicapé » et ça change tout, je ne connais qu’une infime partie de ce qu’elle peut ressentir.

    J’avais déjà du mal à admettre que des personnes, même soi-disant formées, sont capables en quelques moments de visite d’appréhender la totalité des besoins de la personne en situation de handicap (surtout lorsqu’ils sont non-dits).

    Maintenant que j’ai découvert que l’équipe pluridisciplinaire (grâce au rapport fourni par l’évaluateur, qui n’est pas toujours présent au moment du remplissage des tableaux) n’a plus qu’à compléter un fichier EXCEL pour décider de la vie de la personne handicapée, ou plutôt du « handicapé »  qui est dans leur dossier, excusez-moi… mais j’ai envie de vomir !

    Je n’invente rien, car j’ai vécu tous ces moments en « défendant » des personnes handicapées et je continuerai. C’est sans doute mon « projet de vie », face à ceux qui ignorent même ce terme – qui n’apparaît à aucun moment dans ce guide.

    Pour la CHA

    Yves Mallet

    Correspondant Régional Bretagne

    Coordination Handicap et Autonomie

    http://www.personneshandicapees-dpt35.fr/


    [2][1] http://www.personneshandicapees-dpt35.fr/


    [1][2] http://www.mss.public.lu/dependance/espace_professionnels/texte_guide_prestations/index.html

  • L’Art de faire valser les préjugés : Sentir, ressentir, plutôt que de juger

    Posté le 6 juin, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Comment mettre en lumière les préjugés ? Ceux dont nous sommes victimes, ceux que nous véhiculons ? Comment interpeller, toucher et séduire tous les sens sans faire de la sensiblerie ou de la provocation ? Comment éclairer nos a priori sans générer de la culpabilité ni moraliser mais en donnant à voir ce qui nous dérange, nous interroge, suscite du rejet, de la gêne ou de l’intolérance vis-à-vis du prochain, du semblable par son humanité, afin de montrer que la beauté est partout et en toute chose, en chacun de nous, quelles que soient son apparence, ses attraits et ses convictions ?

    L’art est un langage universel de sensibilisation et de rapprochement, il peut se comprendre sous toutes les latitudes, toucher et nourrir tous les cœurs et les esprits sans distinction, dès lors qu’ils sont prêts à voir et à entendre, à s’ouvrir à l’autre, aux autres, à ce qui nous ressemble et nous rassemble, à des réalités parallèles, si incompréhensibles et inabordables a priori.

    Cette expérience artistique unique dans son genre est le fruit d’une rencontre entre Pamela Bouthillier, la danseuse et chorégraphe mère de deux fillettes en situation de handicap et moi, le militant poète. Tout naturellement, nous avons décidé de convoquer la peinture, la poésie, la musique, la danse, la sculpture et le chant, afin d’engendrer un spectacle qui emmène les spectateurs au cœur d’une création humaniste interactive dans laquelle ils seront conviés à participer en fonction des tableaux.

    Car nous sommes profondément convaincus que l’art, toutes les formes d’art, donnent chair et sens à la Vie et à l’Être.

    C’est ainsi que Dans(e) tous les sens a vu le jour telle une évidence.

    Ce projet innovant a trouvé toute sa légitimité et sa portée universelle et artistique grâce à des artistes internationaux de renom à l’instar du percussionniste et compositeur Steve Shehan et du peintre Rémi Bertoche, ainsi que du chanteur et acteur brestois Steeve Brudey qui nous ont rejoints avec enthousiasme, Pamela et moi.

    L’art comme moyen de communication et d’ouverture d’esprit.

    Du reste, avec Pamela, nous sommes intimement persuadés que les arts peuvent susciter la réflexion, grâce à un rapport immédiat à soi, à son propre corps et celui des autres.

    Telle est la raison profonde de ce pari artistique pour Pamela et moi, autant que pour les artistes qui ont accepté de nous accompagner dans cette création originale.

    Ce spectacle immersif, qui va mêler danse, exposition photographique, débats avec le public et ateliers de danse, verra le jour en décembre 2016, à Montpellier. Il a pour vocation de voyager dans l’Hexagone. Avec pour objectif de donner corps et vie à cette aventure exaltante qui, espérons-nous, exaltera et éveillera des envies de dialogue, de partage.

  • Les dessous de l’accompagnement sexuel

    Posté le 24 mars, 2016 Marcel Pas de commentaires

    En France, face à l’immobilisme, à certaines lâchetés, à un manque d’engagement patent et un moralisme désincarné, on crée une association pour faire avancer une cause. C’est ce que j’ai fait en fondant l’APPAS pour faire reconnaître l’accompagnement sexuel…

    Petit historique

    Depuis 2007, l’intérêt médiatique et sociétal en faveur de l’accompagnement sexuel – plus exactement l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et/ou sexuelle – est exponentiel en France. Mais qui connaît les arcanes de cette cause si polémique dans une France si conservatrice et liberticide lorsqu’on s’attaque à son moralisme dogmatique fortement mâtiné de judéo-christianisme et, hélas, quelque peu intégriste ?

    En fait, tout avait commencé en 2005, après un échange avec le directeur de la délégation de l’APF 67 de l’époque, Erwann Delépine. Il se rallia à ma conviction qu’on ne pouvait pas continuer à maintenir ce sujet sous cloche. Dès lors, l’association que j’avais créée en 2002, la Coordination Handicap et Autonomie (CHA), la délégation APF et les responsables du pôle France d’Handicap International, se réunirent. Et le projet du colloque « Dépendance physique : intimité et sexualité » naquit, d’autant que l’APF et l’AFM nationales nous rejoignirent très vite en raison de leur intérêt pour le projet. Organisé au Parlement européen de Strasbourg, les 27 et 28 avril 2007, ce colloque, qui rassembla notamment 30 % de participants en situation de handicap, fut à l’origine du Collectif Handicaps et Sexualités (CHS), lequel engendra l’association CH(S)OSE en janvier 2011. À l’origine, il avait été prévu que j’en fusse le président mais, en raison d’une chronique que j’avais publiée sur mon blog en novembre 2010, dans laquelle j’étrillais l’APF et son président d’alors, on jugea qu’on ne pouvait de ce fait pas m’introniser ; on nomma une représentante de… l’APF à la présidence ; ce qui m’arrangea parce que j’estimais plus judicieux que ce fût une femme et je ne me faisais aucune illusion sur l’autonomie de cette association. Je tins trois mois avant de démissionner, lassé, exaspéré et sans espoir d’une évolution possible dans le CHA et dans CH(S)OSE qui étaient, et qui sont toujours, sous la tutelle de l’APF et de l’AFM, lesquelles refusaient de mettre en place l’accompagnement sexuel par peur d’être en infraction avec la loi sur le proxénétisme, préférant plutôt se contenter de faire de la rhétorique et de la théorie à longueur d’année. Il en résulta que, en septembre 2013, après deux années sabbatiques, je fondai l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS), entouré d’un conseil d’administration au diapason avec mon analyse de la situation et mes objectifs : entre autres, former des accompagnant(e)s sexuel(le)s et les mettre en relation avec des personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie, en toute transparence, évidemment, au risque d’écoper au minimum de sept ans de prison et de 150 000 € d’amende pour proxénétisme bénévole.

    Sensibilités différentes (si ce n’est dissonantes)

    Pendant ce temps, en Suisse francophone, deux visions s’opposent depuis quelques années. D’un côté, l’association Sexualités Et Handicaps Pluriels (SEHP) – très proche de l’APPAS –, qui avait organisé la première formation francophone d’assistant(e)s sexuel(le)s, en 2008-2009. De l’autre, Corps Solidaires, une association fondée par lesdit(e)s assistant(e)s, assez rapidement entrée en dissidence avec le SEHP. Cette scission est à l’origine de deux formations distinctes et parallèles, en 2014-2015, reposant sur deux conceptions et sensibilités très différentes. Le SEHP, après une première formation très scolaire (à mon goût), forme dans la seconde exclusivement des professionnelles du sexe, tablant entre autres sur la motivation et l’intelligence des postulantes. Tandis que Corps Solidaires, bien au contraire, a opté une formation très scolaire et fermée aux professionnels du sexe.

    Pour sa part, l’APPAS a rapidement pris son essor. De telle sorte qu’en mars 2015, après avoir gagné en référé le droit de maintenir la première formation à l’accompagnement sexuel française, obtenant ainsi une jurisprudence qui fera date, elle propose un premier module pariant sur la maturité, l’expérience de vie et l’humanisme des candidats à cette formation si singulière. Un an plus tard, après trois formations, nous sommes confortés dans notre notre approche et notre éthique. Les candidats ont essentiellement besoin d’informations concrètes – juridiques et pragmatiques : comme les types et les spécificités des handicaps qu’ils vont rencontrer, etc. –, d’accompagnement, de suivi et de formations continues répondant à leurs attentes. Quoi qu’il en soit, l’accompagnement sexuel se passe au mieux, de façon très positive pour les accompagné(e)s et pour les accompagnant(e)s.

    C’est dans ce contexte que, en février 2016, le tandem Corps Solidaires-CH(S)OSE a annoncé le lancement de sa propre formation en France ; une formation qui, apprend-on dans Hospimédia du 23 février 2016, nécessite entre autres « trente à cinquante heures de travail personnel, articulé autour de fiches de lecture et de temps de discussion notamment. La fin de la formation, elle, se solde par la réalisation d’un portfolio », elle est certifiante. Est-elle aussi fermée aux professionnel(le)s du sexe ?

    Nonobstant le fait, très surprenant car très improbable à mes yeux, que, dans un article publié par le journal suisse 24 heures, en date du 13 mars 2016, on apprend que la présidente de Corps Solidaires, Claudine Damay, prédit carrément la disparition de l’accompagnement sexuel (en Suisse) faute de stagiaires, je pense que tout ce qui peut enrichir et élargir le panel des formations à l’accompagnement sexuel est une bonne chose pour la pluralité et la diversité.

    Cependant, je me pose plusieurs questions : pourquoi le comité de pilotage de cette formation ne comporte-t-il pas de quelqu’un(e) qui bénéficie ou pourrait bénéficier d’un accompagnement sexuel – comme c’est le cas à l’APPAS ? Pourquoi c’est la conseillère nationale éducation/familles de l’APF qui est dans ce comité et non la présidente (en situation de dépendance vitale et adhérente de l’AFM) de CH(S)OSE ? Comment se fait-il qu’elle soit certifiante alors que l’APPAS et le SEHP ne peuvent donner que des attestations – par quelle branche professionnelle ce certificat est-il reconnu ? Pourquoi aucun journaliste ne s’est interrogé sur la validité ou non de ce certificat ? Plus grave encore, dans le Faire Face du 15 février 2016, dans un article signé par Valérie Di Chiappari, dont le titre est un « appel à candidatures pour une formation certifiante », j’ai lu avec consternation que : « Elles [les associations CH(S)OSE et Corps Solidaires] souhaitent apporter des réponses concrètes et adéquates à toutes les personnes en situation de handicap privées de la découverte de leur corps, du plaisir, à cause de leur handicap. Réponses qui n’existent pas à ce jour en France. » Ce qui relève tout bonnement de la désinformation car, pour avoir fait couvrir notre première formation, cette journaliste ment effrontément.

    De plus, dans plusieurs articles consacrés à cette annonce, on parle de formation mais pas de mise en relation. Pourquoi ? Corps Solidaires-CH(S)OSE en feront-elles en France alors que l’APF a toujours refusé de prendre ce risque ? Parallèlement, la majorité des Français(e)s formé(e)s par Corps Solidaires se sont rapproché(e)s de l’APPAS afin de pouvoir pratiquer l’accompagnement sexuel dans leur pays… Du reste, cette formation aurait-elle vu le jour si l’APPAS n’avait pas obtenu une jurisprudence en gagnant son référé ?

    Ultime précision : Corps Solidaires-CH(S)OSE parlent d’assistance sexuelle et d’assistant sexuel, ce que l’APPAS refuse ; nous défendons les concepts d’accompagnement sexuel et d’accompagnant sexuel pour des raisons sémantiques et philosophiques. Cette divergence a priori secondaire s’inscrit en fait dans deux appréhensions diamétralement opposées de l’accompagnement sexuel, corroborées par le contenu, l’essence et la forme des formations respectives, comme nous avons pu le voir. Ce qui a au moins pour intérêt de s’adresser à deux publics spécifiques, par conséquent de diversifier la palette des stagiaires potentiels à ce type de formation.

    Conclusion provisoire

    Le 10 mars 2016, pour la troisième fois, le Sénat a rejeté la pénalisation des clients des travailleur(se)s du sexe. Une petite consolation qui permet d’espérer, à terme, une évolution de la situation parce que, sauf miracle très improbable, cette pénalisation sera adoptée en dernière lecture par les députés.

    Pour autant, ça ne changera rien au positionnement et aux objectifs de l’APPAS. Nous continuerons à mettre en relation des accompagnants sexuels et des personnes en situation de handicap qui en font la demande. Et si, par accident, un de ces « clients handicapés » devait être poursuivi, il va de soi que le pôle juridique de l’association défendra cette personne passible de 1500 € d’amende ! Mais je doute fort qu’une telle situation se présente. En effet, depuis la création de l’APPAS, l’expérience nous démontre que, dans ce domaine si particulier et sensible, on préfère maintenir un statu quo hypocrite plutôt que d’assumer un débat frontal et citoyen.

    Ce qui est encore plus regrettable, à mon sens, c’est que, en la matière, les intérêts partisans priment sur l’intérêt particulier, la morale sur l’ouverture d’esprit, comme dans toute forme de dogme archaïque discriminant.

    L’amour du prochain et le respect des libertés individuelles, c’est comme la confiture : moins on en a plus on l’étale, me semble-t-il.

    Alors vive l’amour, vive le désir, vivent les libertés individuelles et vive l’accompagnement sexuel respectueux, attentionné et attentif aux prochains !

  • Accompagnement sexuel et pénalisation des clients

    Posté le 16 mars, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Depuis septembre 2013, en toute transparence, l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS), que je préside, milite en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et/ou sexuelle en France, à l’instar de nombreux pays qui permettent cette pratique humaniste – Pays-Bas, Allemagne, Suisse, République tchèque, Danemark, Autriche, etc. – pour ne parler que de l’Europe.

    Dès la création de l’APPAS, j’ai informé l’Élysée de certains de nos objectifs : tels que former des accompagnant(e)s sexuel(le)s et les mettre en relation avec des personnes « handicapées » en demande. Pourtant, si les formations que nous dispensons sont légales depuis 2015, suite à une procédure en référé, mettre en relation relève du proxénétisme bénévole.

    Depuis lors, vingt hommes et femmes, issues d’horizons professionnels variés – médico-social, médical et paramédical mais aussi trois escorts (dont deux hommes) –, ont été formés à la pratique de l’accompagnement sexuel. Dix nouveaux le seront en mars 2016. Ces hommes et ces femmes, volontaires et autonomes, ont librement choisi de répondre à la souffrance induite par la misère affective, sensuelle et sexuelle qu’endurent nombre de personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie, en leur apportant leur savoir-être et leur savoir-faire spécifiques, humanistes et humanisants.

    Dans le panorama associatif et institutionnel actuel, notre association est la seule à prendre le risque d’être en infraction avec la loi sur le proxénétisme pour faire reconnaître l’accompagnement sexuel des personnes « handicapées » en France, tout en garantissant un cadre respectueux et attentionné à tous les acteurs de ce service – tant la personne en situation de handicap que l’accompagnant(e) sexuel(le).

    Car, que fait-on pour aider ces parents en état de détresse qui masturbent leur enfant en désespoir de cause, dépassés par une situation incestueuse, sans une écoute et une réponse adéquates ? Que fait-on pour ces parents et leur enfant victime d’un traumatisme crânien frontal qui est incapable de maîtriser ses pulsions, et que l’on menace de poursuites pour abus sexuel ? Que fait-on des plus de 20 % de femmes et des 15 % environ d’hommes en situation de dépendance qui sont abusés ou violés chaque année ? Que fait-on des couples en situation de handicap qui souhaitent légitimement faire l’amour, au moins de temps en temps ? L’accompagnement sexuel a largement démontré qu’il représente une alternative à ses souffrances.

    Or, dans le pays des droits de l’homme, aucune solution satisfaisante n’est proposée pour répondre à ces souffrances – excepté l’abstinence ou la camisole chimique. Quand bien même, en 2002, l’OMS a défini le concept de santé sexuelle comme « un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en relation avec la sexualité, et non pas simplement l’absence de maladies, de dysfonctionnements ou d’infirmités ».

    Nous offrons une réponse à ces situations, parfois dramatiques, qui a le courage de poser le débat, renvoyant chacun autant à sa conscience individuelle qu’à un choix sociétal. Les mises en relation d’accompagnant(e)s sexuel(le)s avec des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie, que nous proposons depuis 2015, recouvrent tous les champs de la sexualité – allant de simples massages sensuels au rapport génital. Ces mises en relation reposent sur un cadre strict de formation, d’entretiens et de rencontres préalables, avant toute forme d’accompagnement. Parce que chaque accompagnement est singulier et doit, par conséquent, répondre au mieux aux besoins et limites des individus en présence.

    En effet, les accompagnant(e)s exercent leur travail en tenant compte de leurs propres limites – tous n’iront pas jusqu’à l’acte sexuel. L’accompagnement sexuel relève d’un droit-liberté, il ne peut se pratiquer que dans le respect et l’écoute mutuels des deux protagonistes.

    Pour autant, peut-on décréter que les accompagnants sexuels sont irresponsables, déséquilibrés ou pervers, au motif qu’ils proposent un service sexuel rémunéré ? Face à un sujet aussi humaniste et responsabilisant, peut-on se permettre d’être manichéen ? Peut-on continuer de passer sous silence les bénéfices avérés de cette forme de thérapie éprouvée dans d’autres pays ?

    En marge de ce silence ambigu, nous développons par ailleurs des projets à vocation éducative, informative et scientifique – formation des professionnels en institution, publication annuelle d’une étude analysant les demandes d’accompagnement sexuel, création d’un observatoire de la santé sexuelle, organisation de colloques, réalisation d’une plate-forme téléphonique…

    Nous avançons malgré les risques encourus. Et les demandes d’accompagnement progressent sans cesse : plus de 200 depuis mars 2015. Ainsi que les inscriptions à la formation d’accompagnant sexuel – 150 en un an.

    Mais, avec la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, les personnes en situation de handicap souhaitant bénéficier d’un accompagnement sexuel pourront désormais être pénalisées, au même titre que des clients de prostitué(e)s. En effet, bien que le Sénat ait rejeté cet amendement le 10 mars dernier, il ne fait quasiment aucun doute qu’il sera voté par les députés qui auront le dernier mot.

    Hormis le fait que c’est un non-sens juridique de vouloir pénaliser les clients d’une activité légale – l’acte prostitutionnel est légal. Qui pourra condamner une personne « handicapée » en situation de détresse ? Qui osera ajouter une souffrance à sa souffrance ? Peut-on sensément accepter qu’une telle injustice soit commise au nom d’un dogmatisme sourd ? Est-on prêt à priver de liberté, à juger et à condamner le libre choix fait par certain(e)s de pratiquer une activité réprouvée par la morale mais non par la loi ? Comment peut-on s’opposer à la reconnaissance de l’accompagnement sexuel en France au mépris du respect des libertés individuelles ?

    Ce sont des questions que l’APPAS pose à la veille de sa troisième formation à l’accompagnement sexuel, du 17 au 20 mars, à Erstein, en Alsace, et ne cessera de poser tant que sa proposition de loi n’aura pas trouvé l’intérêt qu’elle mérite auprès de nos élus.

    Marcel Nuss, Président de l’APPAS

  • Vous avez dit égalité des droits ?

    Posté le 14 mars, 2016 Marcel Pas de commentaires

    La stupidité peut parfois être ubuesque. J’aimerais rencontrer l’urbaniste qui a imaginé cet escalier forcément « artistique » ; penser le contraire ce serait lui faire injure, je suppose. Mais quand l’ego « démiurge » se met à créer avec une insouciance aussi « parfaitement » exclusive, donc discriminante, l’égoïsme peut se targuer d’avoir réussi son coup, de surcroît en se gaussant probablement d’avoir eu une telle idée de génie !

    Dire que c’est au musée des Arts Premiers que ça se passe, pas moins. Ben oui, quand on crée, on ne peut pas penser à tout le monde. C’est déjà assez contraignant et restreignant comme ça, les « handicapés », pour ne pas se laisser gâcher son inspiration par eux. Et Dieu sait (ou pas) que cet escalier est « si » décoratif et si plein de sens (ou pas), mais absolument inutile sur le plan purement pratico-pratique (car il se continue bien évidemment de l’autre côté, sinon ce ne serait pas drôle), en séparant l’espace afin de lui apporter, à n’en pas douter, une dimension « absolument » indispensable. Tant pis « pour une fois », les « handicapés », ils n’ont qu’à faire un détour ou se passer de cet espace si bien pensé.

    Et l’État est complice de cette exclusion, de ce non-respect de la loi sur l’accessibilité, dans un musée chiraquien de surcroît, lui à qui on doit la loi du 11 février 2005 en faveur de l’égalité des droits, des chances, de la participation et de la citoyenneté des personnes handicapées. Rien que ça ! Hélas, on sait bien que l’égalité et la citoyenneté, c’est comme la confiture : moins on en a (à offrir) plus on l’étale.

    De toute façon, avec ce que le duo Hollande-Valls a fait de l’accessibilité depuis lors, en même pas quatre ans (avec la bénédiction de l’APF et consorts), difficile de chipoter pour une peccadille pareille, deux marches et puis s’en vont… On ne peut qu’en rire jaune. Surtout dans une France où l’exclusion et la discrimination prennent des proportions inquiétantes. Il suffit d’aller à Calais pour s’en rendre compte, de voir comment notre démocratie accueille et traite les détresses internationales échouées chez nous ou de partir à la rencontre des millions de personnes qui survivent sous le seuil de pauvreté dans l’Hexagone.

    À cela s’ajoute la goutte d’eau qui peut faire déborder le vase : la réforme du code du travail qui accumule toutes les frustrations, les exaspérations et les insatisfactions légitimes de ces quatre dernières années, avec raison. La soupape va-t-elle sauter ? Cependant, si cette réforme doit être retirée, il n’empêche que le code du travail devrait être réécrit, adapté à l’évolution de la société. J’en veux pour exemple la loi du 11 février 2005 qui a vu apparaître plus de mille particuliers employeurs très spécifiques sur le marché entrepreneurial, ce sont des personnes en situation de dépendance vitale qui nécessitent un accompagnement constant ou semi-constant et qui emploient en moyenne quatre équivalents temps plein. Pourtant, onze ans après, toujours rien n’est prévu pour répondre à leurs conditions et à leurs besoins d’employeurs hors cadre, par conséquent pour les protéger contre des employés malhonnêtes, malveillants et/ou irresponsables, alors même que c’est une population spécialement fragile et à risque. Ainsi, certains ont opté pour l’annualisation du temps de travail et font travailler leurs accompagnants par roulements de 48 heures pour certains, ce qui est toléré mais pas inscrit dans le code du travail. Autre exemple : il y a quatre mois, une demi-heure avant de prendre son service, un de mes employés m’a envoyé un SMS pour m’annoncer qu’il ne vient plus, me mettant dans une situation très précaire car, dans ce type d’emploi, on ne met pas facilement en place un remplacement, surtout au pied levé ; au final, j’ai dû dormir trois jours dans mon bureau et me résoudre à ne pas me doucher, comme ultime solution. Et, comme mon avocat m’avait prévenu que je n’obtiendrai qu’une condamnation de principe, malgré la gravité de la faute, j’ai renoncé à toute poursuite. D’autre part, les assurances prennent en charge les frais d’avocat si vous êtes employé mais pas si vous êtes employeur ! Or, quel particulier employeur en situation de handicap a les moyens de payer 1500 € de frais d’avocat pour se faire défendre aux prud’hommes ? Bonjour la justice. Enfin, une autre de mes employés a été plus de six mois en arrêt de maladie, bien que sachant qu’elle ne reviendrait plus parce qu’elle était inapte à reprendre son travail à mes côtés. Or, je n’avais aucun moyen de la licencier et je dus prendre la décision très délicate d’embaucher quelqu’un afin de combler son absence, au risque que l’équipe soit en surnombre si la collègue revenait finalement quand même, car il était impossible de tourner à trois accompagnants pendant six mois. En fait, les employeurs de leurs accompagnants sont régulièrement confrontés à des conjectures ingérables, voire parfois dangereuses et maltraitantes sans que quiconque s’en soucie réellement, se renvoyant la balle de façon hypocrite ; par chance, ce ne sont pas ces employeurs qui iront dans la rue afin de revendiquer plus de justice et d’égalité, une meilleure prise en compte en somme. Donc oui, il est urgent de réformer le code du travail. Mais intelligemment et équitablement de préférence. En prenant en compte tous les employeurs !

    En attendant, enfin une certaine France se révolte. Tiendra-t-elle la distance ? Arrivera-t-elle à contourner les inaccessibilités ? Fera-t-elle plier le gouvernement qui recule a minima mais suffisamment pour mettre les soi-disant syndicats « réformistes » dans sa poche ?

  • Handicap et code du travail

    Posté le 21 février, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Le gouvernement de gauche va dynamiter le Code du travail pour faire plaisir au patronat. Ce que Sarkozy n’a pas osé faire, Hollande va s’en charger. Jusqu’où va-t-il aller pour dilapider les valeurs et les fondements de la France ? Qui va oser se dresser devant lui ?

    Mais quelle mouche l’a piqué en 2012 ?

    Comment ne pas être consterné, dépité et révolté par autant de mépris, de petitesse, de suffisance et d’incompétence ?

    Pour autant, est-ce vraiment surprenant ? Bien sûr que non. C’est du Hollando-Valls pur jus. À l’image du reste de ce gouvernement, à vomir.

    En effet, on vient de nous offrir un remaniement-ajustement ministériel d’une indigence indigne d’une démocratie républicaine. C’est un ramassis d’opportunistes et d’arrivistes qui vient d’être nommé, le jabot gloussant d’aise. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Ce serait une hécatombe chez les politiques par les temps qui courent ; le problème c’est qu’ils courent depuis un moment, à tel point qu’on a l’impression de ne plus voir le bout du tunnel.

    Jean-Marc Ayrault, qui s’était fait virer comme un malpropre pour céder sa place à Manuel Valls, revient en mettant sa fierté dans sa poche. Emmanuelle Cosse lâche son poste de secrétaire générale d’EELV pour accourir quand Hollande la siffle. Tout comme Jean-Vincent Placé, autre Vert (kaki), qui n’attendait que ça depuis des mois. Et Jean-Michel Baylet, le désormais ex-patron des radicaux de gauche, qui piaffait au moins tout autant que le précédent dans les starting-blocks d’un pouvoir décadent ; mais, à ce stade, peu importe la décadence, pourvu qu’on ait l’ivresse. Tous sont des egos surdimensionnés tellement assoiffés de strapontin, de faste, d’apparat et d’apparence, sans honneur ni décence, sans dignité ni grandeur, qu’ils ne voient pas plus loin que le bout de leur ambition insane. Des valets de cour tout justes bons à servir de marchepied à leur calife. C’est dramatique et c’est grave. Car l’image qu’ils offrent à nos voisins européens, au monde et aux Français encore lucides, oscille entre Tartuffe et Raspoutine. Comment un gouvernement peut-il être crédible dans ces conditions ? Comment ne pas sérieusement s’inquiéter pour notre avenir, l’avenir de nos enfants, de nos anciens et de notre pays ? En fait, depuis juin 2012, nous n’avons que Mister Hyde aux commandes de l’État, le Docteur Jekyll est mort après le discours du Bourget.

    Et les Français le laissent faire, totalement amorphes et résignés. La France d’en bas, la plus malmenée, se tait lamentablement, pitoyablement. Lâchement ? Personnellement, j’ai fini d’espérer une réaction. Nous vivons dans un État où règne le moins-disant, à l’instar des États-Unis de George Bush jr. ; une nation qui se laisse spolier, sans courage ni orgueil. Alors qu’elle pourrait renverser les guignols prétendument de gauche.

    Cela dit, si l’attaque contre le Code du travail montre, s’il en était encore besoin, le peu de cas que font Hollande et sa clique de nos acquis sociaux après la dernière guerre mondiale, le Code du travail soulève néanmoins certaines interrogations.

    Ainsi, en novembre, un de mes accompagnants m’a envoyé, une demi-heure avant de prendre son poste, un SMS pour m’annoncer qu’il ne viendra plus, et je ne l’ai effectivement jamais revu. Un comportement, non seulement, irrespectueux et irresponsable – il mettait ma sécurité et mon bien-être en danger – mais, de plus, il était en totale infraction avec le Code du travail. Pourtant, l’avocat spécialisé dans le droit du travail que j’ai contacté m’a déconseillé de le poursuivre aux prud’hommes ; j’aurais gagné mais je n’aurais pu espérer qu’une condamnation de principe car, me précisait-il, les employés sont très protégés.

    Du fait de cette défection inopinée, pendant trois jours, je ne serai pas lavé et je dormirai dans mon bureau – un moindre mal, parce que cela aurait pu être bien pire. Pour autant, je n’ai pas eu de réparation pour tous les désagréments subis et pour le surcoût pécuniaire que cela a représenté pour l’employeur que je suis. Sans compter le fait qu’un particulier-employeur en situation de dépendance vitale, d’une part, a une subvention mensuelle limitée qui entrave sa liberté de budgétisation, le privant de toute latitude en cas d’imprévu et, d’autre part, sa situation étant très spécifique, il lui est impossible de trouver un remplaçant au pied levé, il lui faut au préalable dûment le former pendant plusieurs jours. Par parenthèse, il n’est pas inutile de préciser que cette impossibilité de trouver des remplaçants compétents, lorsque l’on est en situation de dépendance vitale, est totalement négligée par les pouvoirs publics, quand bien même cette attitude inconséquente peut avoir un jour des répercussions graves. Ce risque laisse lesdits pouvoirs publics parfaitement indifférents car, selon eux, il n’y a qu’à passer par le mode prestataire qui… coûte, au minimum, 30 % plus cher aux conseils départementaux !

    Et puis, pour corser le tout, durant la même période, une autre de mes employées a été mise plus de quatre mois en arrêt de maladie avant de demander une rupture conventionnelle de contrat ; elle a même essayé de le faire passer pour un accident du travail – malheureusement pour elle, elle n’avait pas fait les démarches dans les règles. En se comportant de la sorte, elle savait qu’elle allait déséquilibrer l’équipe et imposer à ses collègues un surplus de travail, puisquesoit ils la remplaçaient, soit j’engageais quelqu’un, prenant ainsi le risque de me retrouver en surnombre si l’envie lui prenait de revenir. Fort heureusement, ça n’a pas été le cas. Il n’empêche, pendant des semaines, j’ai vécu dans l’indécision et j’ai été finalement amené à faire des choix difficiles (notamment prendre le risque d’embaucher). L’administration – la sécurité sociale, par exemple – reconnaissait sans peine l’incohérence de ma situation mais se disait impuissante à y répondre efficacement. Pourtant, sachant que mon employée avait un problème à un genou – elle sera opérée après deux mois d’arrêt – et qu’il est indispensable de me porter pour faire mes transferts, donc qu’il était évident qu’elle ne pourrait plus reprendre son travail, étant dans l’impossibilité d’adapter son poste en conséquence, il allait de soi que la meilleure solution résidait dans un licenciement pour incapacité. Au lieu de quoi, je me suis coltiné des pesanteurs mesquines et des contraintes iniques pour, finalement, en arriver à une rupture conventionnelle de contrat ! Qui peut cautionner de telles mesquineries du fait d’obligations contractuelles « en dépit du bon sens » ?

    Oui, il est urgent de faire évoluer le Code du travail. Pour autant, il est inacceptable de le voir détricoter, dynamiter, piétiner, dans un mépris total des ouvriers, des artisans et des employés, par des ronds de cuir nantis à ne plus savoir que faire de leur fric, par un chef d’État et son Premier ministre qui se mettent tous les mois 15 000 € (bruts quand même, les pauvres si surmenés à force de chercher comment faire pour nous empoisonner l’existence) dans la poche, puisés dans nos impôts. Surtout que, dans ma situation spécifique, ce dynamitage ne changera rien. Et, quand bien même cela changeait quelque chose, je ne peux pas cautionner une telle régression sociale. Pas au détriment de millions de travailleurs. Tant pis pour ma tranquillité d’esprit.

    Quand je vous dis que c’est à vomir en ce moment.

    Mais la vie continue, les pauvres restent pauvres et les riches restent riches, pendant que les pauvres s’appauvrissent un peu plus et que les riches s’enrichissent beaucoup plus. C’est ça le libéralisme. Une majorité des Français à voter en faveur de ce mode de gouvernance. Faut donc assumer mes frères. Ou faire la révolution des marguerites, puisque les œillets (Portugal), les roses (Géorgie), les tulipes (Kirghizistan), sont déjà prises. D’ailleurs, ça nous va tellement bien les marguerites à nous qui aimons les effeuiller pour conter fleurette, à nous les incorrigibles French lovers que nous sommes. Allez, bonne indigestion et à la prochaine.