• L’Art de faire valser les préjugés : Sentir, ressentir, plutôt que de juger

    Posté le 6 juin, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Comment mettre en lumière les préjugés ? Ceux dont nous sommes victimes, ceux que nous véhiculons ? Comment interpeller, toucher et séduire tous les sens sans faire de la sensiblerie ou de la provocation ? Comment éclairer nos a priori sans générer de la culpabilité ni moraliser mais en donnant à voir ce qui nous dérange, nous interroge, suscite du rejet, de la gêne ou de l’intolérance vis-à-vis du prochain, du semblable par son humanité, afin de montrer que la beauté est partout et en toute chose, en chacun de nous, quelles que soient son apparence, ses attraits et ses convictions ?

    L’art est un langage universel de sensibilisation et de rapprochement, il peut se comprendre sous toutes les latitudes, toucher et nourrir tous les cœurs et les esprits sans distinction, dès lors qu’ils sont prêts à voir et à entendre, à s’ouvrir à l’autre, aux autres, à ce qui nous ressemble et nous rassemble, à des réalités parallèles, si incompréhensibles et inabordables a priori.

    Cette expérience artistique unique dans son genre est le fruit d’une rencontre entre Pamela Bouthillier, la danseuse et chorégraphe mère de deux fillettes en situation de handicap et moi, le militant poète. Tout naturellement, nous avons décidé de convoquer la peinture, la poésie, la musique, la danse, la sculpture et le chant, afin d’engendrer un spectacle qui emmène les spectateurs au cœur d’une création humaniste interactive dans laquelle ils seront conviés à participer en fonction des tableaux.

    Car nous sommes profondément convaincus que l’art, toutes les formes d’art, donnent chair et sens à la Vie et à l’Être.

    C’est ainsi que Dans(e) tous les sens a vu le jour telle une évidence.

    Ce projet innovant a trouvé toute sa légitimité et sa portée universelle et artistique grâce à des artistes internationaux de renom à l’instar du percussionniste et compositeur Steve Shehan et du peintre Rémi Bertoche, ainsi que du chanteur et acteur brestois Steeve Brudey qui nous ont rejoints avec enthousiasme, Pamela et moi.

    L’art comme moyen de communication et d’ouverture d’esprit.

    Du reste, avec Pamela, nous sommes intimement persuadés que les arts peuvent susciter la réflexion, grâce à un rapport immédiat à soi, à son propre corps et celui des autres.

    Telle est la raison profonde de ce pari artistique pour Pamela et moi, autant que pour les artistes qui ont accepté de nous accompagner dans cette création originale.

    Ce spectacle immersif, qui va mêler danse, exposition photographique, débats avec le public et ateliers de danse, verra le jour en décembre 2016, à Montpellier. Il a pour vocation de voyager dans l’Hexagone. Avec pour objectif de donner corps et vie à cette aventure exaltante qui, espérons-nous, exaltera et éveillera des envies de dialogue, de partage.

  • Les dessous de l’accompagnement sexuel

    Posté le 24 mars, 2016 Marcel Pas de commentaires

    En France, face à l’immobilisme, à certaines lâchetés, à un manque d’engagement patent et un moralisme désincarné, on crée une association pour faire avancer une cause. C’est ce que j’ai fait en fondant l’APPAS pour faire reconnaître l’accompagnement sexuel…

    Petit historique

    Depuis 2007, l’intérêt médiatique et sociétal en faveur de l’accompagnement sexuel – plus exactement l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et/ou sexuelle – est exponentiel en France. Mais qui connaît les arcanes de cette cause si polémique dans une France si conservatrice et liberticide lorsqu’on s’attaque à son moralisme dogmatique fortement mâtiné de judéo-christianisme et, hélas, quelque peu intégriste ?

    En fait, tout avait commencé en 2005, après un échange avec le directeur de la délégation de l’APF 67 de l’époque, Erwann Delépine. Il se rallia à ma conviction qu’on ne pouvait pas continuer à maintenir ce sujet sous cloche. Dès lors, l’association que j’avais créée en 2002, la Coordination Handicap et Autonomie (CHA), la délégation APF et les responsables du pôle France d’Handicap International, se réunirent. Et le projet du colloque « Dépendance physique : intimité et sexualité » naquit, d’autant que l’APF et l’AFM nationales nous rejoignirent très vite en raison de leur intérêt pour le projet. Organisé au Parlement européen de Strasbourg, les 27 et 28 avril 2007, ce colloque, qui rassembla notamment 30 % de participants en situation de handicap, fut à l’origine du Collectif Handicaps et Sexualités (CHS), lequel engendra l’association CH(S)OSE en janvier 2011. À l’origine, il avait été prévu que j’en fusse le président mais, en raison d’une chronique que j’avais publiée sur mon blog en novembre 2010, dans laquelle j’étrillais l’APF et son président d’alors, on jugea qu’on ne pouvait de ce fait pas m’introniser ; on nomma une représentante de… l’APF à la présidence ; ce qui m’arrangea parce que j’estimais plus judicieux que ce fût une femme et je ne me faisais aucune illusion sur l’autonomie de cette association. Je tins trois mois avant de démissionner, lassé, exaspéré et sans espoir d’une évolution possible dans le CHA et dans CH(S)OSE qui étaient, et qui sont toujours, sous la tutelle de l’APF et de l’AFM, lesquelles refusaient de mettre en place l’accompagnement sexuel par peur d’être en infraction avec la loi sur le proxénétisme, préférant plutôt se contenter de faire de la rhétorique et de la théorie à longueur d’année. Il en résulta que, en septembre 2013, après deux années sabbatiques, je fondai l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS), entouré d’un conseil d’administration au diapason avec mon analyse de la situation et mes objectifs : entre autres, former des accompagnant(e)s sexuel(le)s et les mettre en relation avec des personnes en situation de handicap ou en perte d’autonomie, en toute transparence, évidemment, au risque d’écoper au minimum de sept ans de prison et de 150 000 € d’amende pour proxénétisme bénévole.

    Sensibilités différentes (si ce n’est dissonantes)

    Pendant ce temps, en Suisse francophone, deux visions s’opposent depuis quelques années. D’un côté, l’association Sexualités Et Handicaps Pluriels (SEHP) – très proche de l’APPAS –, qui avait organisé la première formation francophone d’assistant(e)s sexuel(le)s, en 2008-2009. De l’autre, Corps Solidaires, une association fondée par lesdit(e)s assistant(e)s, assez rapidement entrée en dissidence avec le SEHP. Cette scission est à l’origine de deux formations distinctes et parallèles, en 2014-2015, reposant sur deux conceptions et sensibilités très différentes. Le SEHP, après une première formation très scolaire (à mon goût), forme dans la seconde exclusivement des professionnelles du sexe, tablant entre autres sur la motivation et l’intelligence des postulantes. Tandis que Corps Solidaires, bien au contraire, a opté une formation très scolaire et fermée aux professionnels du sexe.

    Pour sa part, l’APPAS a rapidement pris son essor. De telle sorte qu’en mars 2015, après avoir gagné en référé le droit de maintenir la première formation à l’accompagnement sexuel française, obtenant ainsi une jurisprudence qui fera date, elle propose un premier module pariant sur la maturité, l’expérience de vie et l’humanisme des candidats à cette formation si singulière. Un an plus tard, après trois formations, nous sommes confortés dans notre notre approche et notre éthique. Les candidats ont essentiellement besoin d’informations concrètes – juridiques et pragmatiques : comme les types et les spécificités des handicaps qu’ils vont rencontrer, etc. –, d’accompagnement, de suivi et de formations continues répondant à leurs attentes. Quoi qu’il en soit, l’accompagnement sexuel se passe au mieux, de façon très positive pour les accompagné(e)s et pour les accompagnant(e)s.

    C’est dans ce contexte que, en février 2016, le tandem Corps Solidaires-CH(S)OSE a annoncé le lancement de sa propre formation en France ; une formation qui, apprend-on dans Hospimédia du 23 février 2016, nécessite entre autres « trente à cinquante heures de travail personnel, articulé autour de fiches de lecture et de temps de discussion notamment. La fin de la formation, elle, se solde par la réalisation d’un portfolio », elle est certifiante. Est-elle aussi fermée aux professionnel(le)s du sexe ?

    Nonobstant le fait, très surprenant car très improbable à mes yeux, que, dans un article publié par le journal suisse 24 heures, en date du 13 mars 2016, on apprend que la présidente de Corps Solidaires, Claudine Damay, prédit carrément la disparition de l’accompagnement sexuel (en Suisse) faute de stagiaires, je pense que tout ce qui peut enrichir et élargir le panel des formations à l’accompagnement sexuel est une bonne chose pour la pluralité et la diversité.

    Cependant, je me pose plusieurs questions : pourquoi le comité de pilotage de cette formation ne comporte-t-il pas de quelqu’un(e) qui bénéficie ou pourrait bénéficier d’un accompagnement sexuel – comme c’est le cas à l’APPAS ? Pourquoi c’est la conseillère nationale éducation/familles de l’APF qui est dans ce comité et non la présidente (en situation de dépendance vitale et adhérente de l’AFM) de CH(S)OSE ? Comment se fait-il qu’elle soit certifiante alors que l’APPAS et le SEHP ne peuvent donner que des attestations – par quelle branche professionnelle ce certificat est-il reconnu ? Pourquoi aucun journaliste ne s’est interrogé sur la validité ou non de ce certificat ? Plus grave encore, dans le Faire Face du 15 février 2016, dans un article signé par Valérie Di Chiappari, dont le titre est un « appel à candidatures pour une formation certifiante », j’ai lu avec consternation que : « Elles [les associations CH(S)OSE et Corps Solidaires] souhaitent apporter des réponses concrètes et adéquates à toutes les personnes en situation de handicap privées de la découverte de leur corps, du plaisir, à cause de leur handicap. Réponses qui n’existent pas à ce jour en France. » Ce qui relève tout bonnement de la désinformation car, pour avoir fait couvrir notre première formation, cette journaliste ment effrontément.

    De plus, dans plusieurs articles consacrés à cette annonce, on parle de formation mais pas de mise en relation. Pourquoi ? Corps Solidaires-CH(S)OSE en feront-elles en France alors que l’APF a toujours refusé de prendre ce risque ? Parallèlement, la majorité des Français(e)s formé(e)s par Corps Solidaires se sont rapproché(e)s de l’APPAS afin de pouvoir pratiquer l’accompagnement sexuel dans leur pays… Du reste, cette formation aurait-elle vu le jour si l’APPAS n’avait pas obtenu une jurisprudence en gagnant son référé ?

    Ultime précision : Corps Solidaires-CH(S)OSE parlent d’assistance sexuelle et d’assistant sexuel, ce que l’APPAS refuse ; nous défendons les concepts d’accompagnement sexuel et d’accompagnant sexuel pour des raisons sémantiques et philosophiques. Cette divergence a priori secondaire s’inscrit en fait dans deux appréhensions diamétralement opposées de l’accompagnement sexuel, corroborées par le contenu, l’essence et la forme des formations respectives, comme nous avons pu le voir. Ce qui a au moins pour intérêt de s’adresser à deux publics spécifiques, par conséquent de diversifier la palette des stagiaires potentiels à ce type de formation.

    Conclusion provisoire

    Le 10 mars 2016, pour la troisième fois, le Sénat a rejeté la pénalisation des clients des travailleur(se)s du sexe. Une petite consolation qui permet d’espérer, à terme, une évolution de la situation parce que, sauf miracle très improbable, cette pénalisation sera adoptée en dernière lecture par les députés.

    Pour autant, ça ne changera rien au positionnement et aux objectifs de l’APPAS. Nous continuerons à mettre en relation des accompagnants sexuels et des personnes en situation de handicap qui en font la demande. Et si, par accident, un de ces « clients handicapés » devait être poursuivi, il va de soi que le pôle juridique de l’association défendra cette personne passible de 1500 € d’amende ! Mais je doute fort qu’une telle situation se présente. En effet, depuis la création de l’APPAS, l’expérience nous démontre que, dans ce domaine si particulier et sensible, on préfère maintenir un statu quo hypocrite plutôt que d’assumer un débat frontal et citoyen.

    Ce qui est encore plus regrettable, à mon sens, c’est que, en la matière, les intérêts partisans priment sur l’intérêt particulier, la morale sur l’ouverture d’esprit, comme dans toute forme de dogme archaïque discriminant.

    L’amour du prochain et le respect des libertés individuelles, c’est comme la confiture : moins on en a plus on l’étale, me semble-t-il.

    Alors vive l’amour, vive le désir, vivent les libertés individuelles et vive l’accompagnement sexuel respectueux, attentionné et attentif aux prochains !

  • Accompagnement sexuel et pénalisation des clients

    Posté le 16 mars, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Depuis septembre 2013, en toute transparence, l’Association Pour la Promotion de l’Accompagnement Sexuel (APPAS), que je préside, milite en faveur de la reconnaissance de l’accompagnement à la vie affective, intime, sensuelle et/ou sexuelle en France, à l’instar de nombreux pays qui permettent cette pratique humaniste – Pays-Bas, Allemagne, Suisse, République tchèque, Danemark, Autriche, etc. – pour ne parler que de l’Europe.

    Dès la création de l’APPAS, j’ai informé l’Élysée de certains de nos objectifs : tels que former des accompagnant(e)s sexuel(le)s et les mettre en relation avec des personnes « handicapées » en demande. Pourtant, si les formations que nous dispensons sont légales depuis 2015, suite à une procédure en référé, mettre en relation relève du proxénétisme bénévole.

    Depuis lors, vingt hommes et femmes, issues d’horizons professionnels variés – médico-social, médical et paramédical mais aussi trois escorts (dont deux hommes) –, ont été formés à la pratique de l’accompagnement sexuel. Dix nouveaux le seront en mars 2016. Ces hommes et ces femmes, volontaires et autonomes, ont librement choisi de répondre à la souffrance induite par la misère affective, sensuelle et sexuelle qu’endurent nombre de personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie, en leur apportant leur savoir-être et leur savoir-faire spécifiques, humanistes et humanisants.

    Dans le panorama associatif et institutionnel actuel, notre association est la seule à prendre le risque d’être en infraction avec la loi sur le proxénétisme pour faire reconnaître l’accompagnement sexuel des personnes « handicapées » en France, tout en garantissant un cadre respectueux et attentionné à tous les acteurs de ce service – tant la personne en situation de handicap que l’accompagnant(e) sexuel(le).

    Car, que fait-on pour aider ces parents en état de détresse qui masturbent leur enfant en désespoir de cause, dépassés par une situation incestueuse, sans une écoute et une réponse adéquates ? Que fait-on pour ces parents et leur enfant victime d’un traumatisme crânien frontal qui est incapable de maîtriser ses pulsions, et que l’on menace de poursuites pour abus sexuel ? Que fait-on des plus de 20 % de femmes et des 15 % environ d’hommes en situation de dépendance qui sont abusés ou violés chaque année ? Que fait-on des couples en situation de handicap qui souhaitent légitimement faire l’amour, au moins de temps en temps ? L’accompagnement sexuel a largement démontré qu’il représente une alternative à ses souffrances.

    Or, dans le pays des droits de l’homme, aucune solution satisfaisante n’est proposée pour répondre à ces souffrances – excepté l’abstinence ou la camisole chimique. Quand bien même, en 2002, l’OMS a défini le concept de santé sexuelle comme « un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social en relation avec la sexualité, et non pas simplement l’absence de maladies, de dysfonctionnements ou d’infirmités ».

    Nous offrons une réponse à ces situations, parfois dramatiques, qui a le courage de poser le débat, renvoyant chacun autant à sa conscience individuelle qu’à un choix sociétal. Les mises en relation d’accompagnant(e)s sexuel(le)s avec des personnes en situation de handicap ou de perte d’autonomie, que nous proposons depuis 2015, recouvrent tous les champs de la sexualité – allant de simples massages sensuels au rapport génital. Ces mises en relation reposent sur un cadre strict de formation, d’entretiens et de rencontres préalables, avant toute forme d’accompagnement. Parce que chaque accompagnement est singulier et doit, par conséquent, répondre au mieux aux besoins et limites des individus en présence.

    En effet, les accompagnant(e)s exercent leur travail en tenant compte de leurs propres limites – tous n’iront pas jusqu’à l’acte sexuel. L’accompagnement sexuel relève d’un droit-liberté, il ne peut se pratiquer que dans le respect et l’écoute mutuels des deux protagonistes.

    Pour autant, peut-on décréter que les accompagnants sexuels sont irresponsables, déséquilibrés ou pervers, au motif qu’ils proposent un service sexuel rémunéré ? Face à un sujet aussi humaniste et responsabilisant, peut-on se permettre d’être manichéen ? Peut-on continuer de passer sous silence les bénéfices avérés de cette forme de thérapie éprouvée dans d’autres pays ?

    En marge de ce silence ambigu, nous développons par ailleurs des projets à vocation éducative, informative et scientifique – formation des professionnels en institution, publication annuelle d’une étude analysant les demandes d’accompagnement sexuel, création d’un observatoire de la santé sexuelle, organisation de colloques, réalisation d’une plate-forme téléphonique…

    Nous avançons malgré les risques encourus. Et les demandes d’accompagnement progressent sans cesse : plus de 200 depuis mars 2015. Ainsi que les inscriptions à la formation d’accompagnant sexuel – 150 en un an.

    Mais, avec la proposition de loi renforçant la lutte contre le système prostitutionnel, les personnes en situation de handicap souhaitant bénéficier d’un accompagnement sexuel pourront désormais être pénalisées, au même titre que des clients de prostitué(e)s. En effet, bien que le Sénat ait rejeté cet amendement le 10 mars dernier, il ne fait quasiment aucun doute qu’il sera voté par les députés qui auront le dernier mot.

    Hormis le fait que c’est un non-sens juridique de vouloir pénaliser les clients d’une activité légale – l’acte prostitutionnel est légal. Qui pourra condamner une personne « handicapée » en situation de détresse ? Qui osera ajouter une souffrance à sa souffrance ? Peut-on sensément accepter qu’une telle injustice soit commise au nom d’un dogmatisme sourd ? Est-on prêt à priver de liberté, à juger et à condamner le libre choix fait par certain(e)s de pratiquer une activité réprouvée par la morale mais non par la loi ? Comment peut-on s’opposer à la reconnaissance de l’accompagnement sexuel en France au mépris du respect des libertés individuelles ?

    Ce sont des questions que l’APPAS pose à la veille de sa troisième formation à l’accompagnement sexuel, du 17 au 20 mars, à Erstein, en Alsace, et ne cessera de poser tant que sa proposition de loi n’aura pas trouvé l’intérêt qu’elle mérite auprès de nos élus.

    Marcel Nuss, Président de l’APPAS

  • Vous avez dit égalité des droits ?

    Posté le 14 mars, 2016 Marcel Pas de commentaires

    La stupidité peut parfois être ubuesque. J’aimerais rencontrer l’urbaniste qui a imaginé cet escalier forcément « artistique » ; penser le contraire ce serait lui faire injure, je suppose. Mais quand l’ego « démiurge » se met à créer avec une insouciance aussi « parfaitement » exclusive, donc discriminante, l’égoïsme peut se targuer d’avoir réussi son coup, de surcroît en se gaussant probablement d’avoir eu une telle idée de génie !

    Dire que c’est au musée des Arts Premiers que ça se passe, pas moins. Ben oui, quand on crée, on ne peut pas penser à tout le monde. C’est déjà assez contraignant et restreignant comme ça, les « handicapés », pour ne pas se laisser gâcher son inspiration par eux. Et Dieu sait (ou pas) que cet escalier est « si » décoratif et si plein de sens (ou pas), mais absolument inutile sur le plan purement pratico-pratique (car il se continue bien évidemment de l’autre côté, sinon ce ne serait pas drôle), en séparant l’espace afin de lui apporter, à n’en pas douter, une dimension « absolument » indispensable. Tant pis « pour une fois », les « handicapés », ils n’ont qu’à faire un détour ou se passer de cet espace si bien pensé.

    Et l’État est complice de cette exclusion, de ce non-respect de la loi sur l’accessibilité, dans un musée chiraquien de surcroît, lui à qui on doit la loi du 11 février 2005 en faveur de l’égalité des droits, des chances, de la participation et de la citoyenneté des personnes handicapées. Rien que ça ! Hélas, on sait bien que l’égalité et la citoyenneté, c’est comme la confiture : moins on en a (à offrir) plus on l’étale.

    De toute façon, avec ce que le duo Hollande-Valls a fait de l’accessibilité depuis lors, en même pas quatre ans (avec la bénédiction de l’APF et consorts), difficile de chipoter pour une peccadille pareille, deux marches et puis s’en vont… On ne peut qu’en rire jaune. Surtout dans une France où l’exclusion et la discrimination prennent des proportions inquiétantes. Il suffit d’aller à Calais pour s’en rendre compte, de voir comment notre démocratie accueille et traite les détresses internationales échouées chez nous ou de partir à la rencontre des millions de personnes qui survivent sous le seuil de pauvreté dans l’Hexagone.

    À cela s’ajoute la goutte d’eau qui peut faire déborder le vase : la réforme du code du travail qui accumule toutes les frustrations, les exaspérations et les insatisfactions légitimes de ces quatre dernières années, avec raison. La soupape va-t-elle sauter ? Cependant, si cette réforme doit être retirée, il n’empêche que le code du travail devrait être réécrit, adapté à l’évolution de la société. J’en veux pour exemple la loi du 11 février 2005 qui a vu apparaître plus de mille particuliers employeurs très spécifiques sur le marché entrepreneurial, ce sont des personnes en situation de dépendance vitale qui nécessitent un accompagnement constant ou semi-constant et qui emploient en moyenne quatre équivalents temps plein. Pourtant, onze ans après, toujours rien n’est prévu pour répondre à leurs conditions et à leurs besoins d’employeurs hors cadre, par conséquent pour les protéger contre des employés malhonnêtes, malveillants et/ou irresponsables, alors même que c’est une population spécialement fragile et à risque. Ainsi, certains ont opté pour l’annualisation du temps de travail et font travailler leurs accompagnants par roulements de 48 heures pour certains, ce qui est toléré mais pas inscrit dans le code du travail. Autre exemple : il y a quatre mois, une demi-heure avant de prendre son service, un de mes employés m’a envoyé un SMS pour m’annoncer qu’il ne vient plus, me mettant dans une situation très précaire car, dans ce type d’emploi, on ne met pas facilement en place un remplacement, surtout au pied levé ; au final, j’ai dû dormir trois jours dans mon bureau et me résoudre à ne pas me doucher, comme ultime solution. Et, comme mon avocat m’avait prévenu que je n’obtiendrai qu’une condamnation de principe, malgré la gravité de la faute, j’ai renoncé à toute poursuite. D’autre part, les assurances prennent en charge les frais d’avocat si vous êtes employé mais pas si vous êtes employeur ! Or, quel particulier employeur en situation de handicap a les moyens de payer 1500 € de frais d’avocat pour se faire défendre aux prud’hommes ? Bonjour la justice. Enfin, une autre de mes employés a été plus de six mois en arrêt de maladie, bien que sachant qu’elle ne reviendrait plus parce qu’elle était inapte à reprendre son travail à mes côtés. Or, je n’avais aucun moyen de la licencier et je dus prendre la décision très délicate d’embaucher quelqu’un afin de combler son absence, au risque que l’équipe soit en surnombre si la collègue revenait finalement quand même, car il était impossible de tourner à trois accompagnants pendant six mois. En fait, les employeurs de leurs accompagnants sont régulièrement confrontés à des conjectures ingérables, voire parfois dangereuses et maltraitantes sans que quiconque s’en soucie réellement, se renvoyant la balle de façon hypocrite ; par chance, ce ne sont pas ces employeurs qui iront dans la rue afin de revendiquer plus de justice et d’égalité, une meilleure prise en compte en somme. Donc oui, il est urgent de réformer le code du travail. Mais intelligemment et équitablement de préférence. En prenant en compte tous les employeurs !

    En attendant, enfin une certaine France se révolte. Tiendra-t-elle la distance ? Arrivera-t-elle à contourner les inaccessibilités ? Fera-t-elle plier le gouvernement qui recule a minima mais suffisamment pour mettre les soi-disant syndicats « réformistes » dans sa poche ?

  • Handicap et code du travail

    Posté le 21 février, 2016 Marcel Pas de commentaires

    Le gouvernement de gauche va dynamiter le Code du travail pour faire plaisir au patronat. Ce que Sarkozy n’a pas osé faire, Hollande va s’en charger. Jusqu’où va-t-il aller pour dilapider les valeurs et les fondements de la France ? Qui va oser se dresser devant lui ?

    Mais quelle mouche l’a piqué en 2012 ?

    Comment ne pas être consterné, dépité et révolté par autant de mépris, de petitesse, de suffisance et d’incompétence ?

    Pour autant, est-ce vraiment surprenant ? Bien sûr que non. C’est du Hollando-Valls pur jus. À l’image du reste de ce gouvernement, à vomir.

    En effet, on vient de nous offrir un remaniement-ajustement ministériel d’une indigence indigne d’une démocratie républicaine. C’est un ramassis d’opportunistes et d’arrivistes qui vient d’être nommé, le jabot gloussant d’aise. Heureusement que le ridicule ne tue pas. Ce serait une hécatombe chez les politiques par les temps qui courent ; le problème c’est qu’ils courent depuis un moment, à tel point qu’on a l’impression de ne plus voir le bout du tunnel.

    Jean-Marc Ayrault, qui s’était fait virer comme un malpropre pour céder sa place à Manuel Valls, revient en mettant sa fierté dans sa poche. Emmanuelle Cosse lâche son poste de secrétaire générale d’EELV pour accourir quand Hollande la siffle. Tout comme Jean-Vincent Placé, autre Vert (kaki), qui n’attendait que ça depuis des mois. Et Jean-Michel Baylet, le désormais ex-patron des radicaux de gauche, qui piaffait au moins tout autant que le précédent dans les starting-blocks d’un pouvoir décadent ; mais, à ce stade, peu importe la décadence, pourvu qu’on ait l’ivresse. Tous sont des egos surdimensionnés tellement assoiffés de strapontin, de faste, d’apparat et d’apparence, sans honneur ni décence, sans dignité ni grandeur, qu’ils ne voient pas plus loin que le bout de leur ambition insane. Des valets de cour tout justes bons à servir de marchepied à leur calife. C’est dramatique et c’est grave. Car l’image qu’ils offrent à nos voisins européens, au monde et aux Français encore lucides, oscille entre Tartuffe et Raspoutine. Comment un gouvernement peut-il être crédible dans ces conditions ? Comment ne pas sérieusement s’inquiéter pour notre avenir, l’avenir de nos enfants, de nos anciens et de notre pays ? En fait, depuis juin 2012, nous n’avons que Mister Hyde aux commandes de l’État, le Docteur Jekyll est mort après le discours du Bourget.

    Et les Français le laissent faire, totalement amorphes et résignés. La France d’en bas, la plus malmenée, se tait lamentablement, pitoyablement. Lâchement ? Personnellement, j’ai fini d’espérer une réaction. Nous vivons dans un État où règne le moins-disant, à l’instar des États-Unis de George Bush jr. ; une nation qui se laisse spolier, sans courage ni orgueil. Alors qu’elle pourrait renverser les guignols prétendument de gauche.

    Cela dit, si l’attaque contre le Code du travail montre, s’il en était encore besoin, le peu de cas que font Hollande et sa clique de nos acquis sociaux après la dernière guerre mondiale, le Code du travail soulève néanmoins certaines interrogations.

    Ainsi, en novembre, un de mes accompagnants m’a envoyé, une demi-heure avant de prendre son poste, un SMS pour m’annoncer qu’il ne viendra plus, et je ne l’ai effectivement jamais revu. Un comportement, non seulement, irrespectueux et irresponsable – il mettait ma sécurité et mon bien-être en danger – mais, de plus, il était en totale infraction avec le Code du travail. Pourtant, l’avocat spécialisé dans le droit du travail que j’ai contacté m’a déconseillé de le poursuivre aux prud’hommes ; j’aurais gagné mais je n’aurais pu espérer qu’une condamnation de principe car, me précisait-il, les employés sont très protégés.

    Du fait de cette défection inopinée, pendant trois jours, je ne serai pas lavé et je dormirai dans mon bureau – un moindre mal, parce que cela aurait pu être bien pire. Pour autant, je n’ai pas eu de réparation pour tous les désagréments subis et pour le surcoût pécuniaire que cela a représenté pour l’employeur que je suis. Sans compter le fait qu’un particulier-employeur en situation de dépendance vitale, d’une part, a une subvention mensuelle limitée qui entrave sa liberté de budgétisation, le privant de toute latitude en cas d’imprévu et, d’autre part, sa situation étant très spécifique, il lui est impossible de trouver un remplaçant au pied levé, il lui faut au préalable dûment le former pendant plusieurs jours. Par parenthèse, il n’est pas inutile de préciser que cette impossibilité de trouver des remplaçants compétents, lorsque l’on est en situation de dépendance vitale, est totalement négligée par les pouvoirs publics, quand bien même cette attitude inconséquente peut avoir un jour des répercussions graves. Ce risque laisse lesdits pouvoirs publics parfaitement indifférents car, selon eux, il n’y a qu’à passer par le mode prestataire qui… coûte, au minimum, 30 % plus cher aux conseils départementaux !

    Et puis, pour corser le tout, durant la même période, une autre de mes employées a été mise plus de quatre mois en arrêt de maladie avant de demander une rupture conventionnelle de contrat ; elle a même essayé de le faire passer pour un accident du travail – malheureusement pour elle, elle n’avait pas fait les démarches dans les règles. En se comportant de la sorte, elle savait qu’elle allait déséquilibrer l’équipe et imposer à ses collègues un surplus de travail, puisquesoit ils la remplaçaient, soit j’engageais quelqu’un, prenant ainsi le risque de me retrouver en surnombre si l’envie lui prenait de revenir. Fort heureusement, ça n’a pas été le cas. Il n’empêche, pendant des semaines, j’ai vécu dans l’indécision et j’ai été finalement amené à faire des choix difficiles (notamment prendre le risque d’embaucher). L’administration – la sécurité sociale, par exemple – reconnaissait sans peine l’incohérence de ma situation mais se disait impuissante à y répondre efficacement. Pourtant, sachant que mon employée avait un problème à un genou – elle sera opérée après deux mois d’arrêt – et qu’il est indispensable de me porter pour faire mes transferts, donc qu’il était évident qu’elle ne pourrait plus reprendre son travail, étant dans l’impossibilité d’adapter son poste en conséquence, il allait de soi que la meilleure solution résidait dans un licenciement pour incapacité. Au lieu de quoi, je me suis coltiné des pesanteurs mesquines et des contraintes iniques pour, finalement, en arriver à une rupture conventionnelle de contrat ! Qui peut cautionner de telles mesquineries du fait d’obligations contractuelles « en dépit du bon sens » ?

    Oui, il est urgent de faire évoluer le Code du travail. Pour autant, il est inacceptable de le voir détricoter, dynamiter, piétiner, dans un mépris total des ouvriers, des artisans et des employés, par des ronds de cuir nantis à ne plus savoir que faire de leur fric, par un chef d’État et son Premier ministre qui se mettent tous les mois 15 000 € (bruts quand même, les pauvres si surmenés à force de chercher comment faire pour nous empoisonner l’existence) dans la poche, puisés dans nos impôts. Surtout que, dans ma situation spécifique, ce dynamitage ne changera rien. Et, quand bien même cela changeait quelque chose, je ne peux pas cautionner une telle régression sociale. Pas au détriment de millions de travailleurs. Tant pis pour ma tranquillité d’esprit.

    Quand je vous dis que c’est à vomir en ce moment.

    Mais la vie continue, les pauvres restent pauvres et les riches restent riches, pendant que les pauvres s’appauvrissent un peu plus et que les riches s’enrichissent beaucoup plus. C’est ça le libéralisme. Une majorité des Français à voter en faveur de ce mode de gouvernance. Faut donc assumer mes frères. Ou faire la révolution des marguerites, puisque les œillets (Portugal), les roses (Géorgie), les tulipes (Kirghizistan), sont déjà prises. D’ailleurs, ça nous va tellement bien les marguerites à nous qui aimons les effeuiller pour conter fleurette, à nous les incorrigibles French lovers que nous sommes. Allez, bonne indigestion et à la prochaine.

  • Peur(s) sur la ville (sans Belmondo)

    Posté le 6 décembre, 2015 Marcel Pas de commentaires

    Écrire un livre, c’est fou comme c’est prenant. Obnubilant même, je n’ai vécu que pour l’écriture pendant des semaines. Pour émerger dans le chaos…

    Je suis de gauche. Enfin, je crois. À vrai dire, je ne sais plus trop. En théorie, je reste profondément ancré à gauche. En pratique, j’ai de plus en plus honte de la gauche française. Le Parti Socialiste m’insupporte. Ce n’est plus qu’un parti sans âme, sans courage, sans envergure, sans vision ni intelligence politiques, sans lumière, juste un parti d’opportunistes qui piétinent sans discernement la démocratie, nos libertés et nos valeurs au prétexte de nous protéger. C’est devenu le parti des renégats, des traîtres, des séides et des menteurs. À commencer par la clique du gouvernement. À côté de ça, les Verts sont flétris, les rouges sont cramoisis, l’extrême gauche est morte et le Front de Gauche est à la ramasse.

    Aujourd’hui, la question qui se pose, c’est : combien de régions le FN va-t-il récolter ? Et aussi : jusqu’où Hollande et Valls vont-ils faire dégringoler notre pays ? Peut-on davantage piétiner des promesses électorales et se renier politiquement que l’a fait Hollande ? Le loup déguisé en Flanby, tellement fade à l’instar de beaucoup d’entremets trop sucrés pour avoir du corps. Mais si dangereux… Comment peut-on vivre avec autant de sang d’innocents sur les mains, et de souffrances et de détresses suscitées derrière son bureau dans une méconnaissance profonde de certaines réalités géopolitiques ? Qu’est-ce que ça fait d’être un assassin légal, un va-t-en-guerre au bilan plus que discutable ? Car on a envie de dire : tout ça pour ça. Un tel gâchis pour amener la peur, la haine, la désolation, la destruction et la violence djihadiste sur notre territoire. On a commencé en Libye avec Sarkozy et Hollande a fait exploser les compteurs – Mali, Centrafrique, Syrie. Pourquoi ? Pour quel résultat ?

    Pas grave, il est bien protégé, lui. Ainsi que Valls et Cazeneuve. Certes, on n’est jamais tout à fait à l’abri, rappelez-vous de Kennedy et De Gaulle le multi-miraculé. Néanmoins, proportionnellement, on prend moins de risques que le commun des mortels, il y en a qui sont payés pour les prendre à leur place, on appelle cela des gardes du corps et un service de protection rapprochée.

    Néanmoins, pour faire bonne mesure, on instaure l’état d’urgence, un état policier comme au bon vieux temps – en 1955, sous Guy Mollet, on avait connu la même fuite en avant, déjà de la part d’un homme de gauche menant une politique de droite, puis en 1968 ; on a vu ce que ça a donné, ça promet donc pour la suite. Ça promet d’autant plus que, même si les mailles du filet se resserrent un peu – avec son lot de bavures policières et de violations de la loi –, il faudrait être sacrément incrédule pour s’imaginer que cela va nous préserver de terroristes déterminés et bien organisés (cf. attentats du 7 janvier et du 13 novembre de cette année). La seule chose efficace, c’est avoir de bons services antiterroristes et de bons services de renseignements. Ça tombe bien, nous en avons pléthores en France… tant et si bien qu’ils se marchent sur les pieds et se tirent dans les pattes depuis que Sarkozy a cru intelligent de fusionner les meilleurs. Pourquoi s’inquiéter donc, nous sommes si bien protégés ? Car pour combler les vides et les couacs trop gênants, on peut compter sur notre gouvernement et sur les politiques en général, particulièrement à l’extrême droite. Que ferait le FN s’il n’y avait pas autant de chômeurs et des terroristes ?

    Cela dit, mine de rien, un état d’urgence de derrière les fagots, c’est pratique pour museler les opposants et autres contestataires de tous poils à la COP21 et interdire des manifestations ; Mélenchon appelle ça très justement « criminaliser les mouvements sociaux ». L’art d’utiliser des attentats à des profits personnels et bassement politiques. On saupoudre le tout du prétexte grandiloquent et nonsensique d’une « guerre ». La démagogie et la politique, ça fait un, n’est-il pas. Parce que combien y verront malice ? Depuis toujours, le meilleur moyen de juguler, d’imposer et de manipuler le peuple, c’est de jouer avec la peur des plus naïfs et fatalistes. Serait-ce possible que nos gouvernants ne connaissent pas la définition du mot « guerre » ? Bien sûr que non. Manipulation quand tu nous tiens. La morale fait un coussin moelleux. Quant à l’éthique, n’en parlons pas, c’est si agréable de s’asseoir dessus.

    En attendant, c’est fou comme les contrôles policiers – hélas pas forcément policés – sont efficaces. Combien de personnes en situation de (très grand) handicap passent sans problème au travers de ce très grandiloquent maillage sécuritaire – depuis toujours d’ailleurs ? Ainsi, j’aurais sans aucune difficulté pu faire sauter Nicolas Sarkozy, François Bayrou et autres légumes. Et ça ne change pas. Aujourd’hui, entrer dans un cinéma où une salle de concert, quand on est pourvu d’un handicap tel que le mien, se fait très aisément, on peut pénétrer dans les lieux publics comme dans un moulin. On nous donne le bon Dieu sans confession à vue d’œil. Pensez donc, dans cet état, c’est forcément inoffensif. Les représentants de l’ordre vont jusqu’à s’excuser d’avoir arrêté ma voiture, en me découvrant à l’arrière du véhicule. Et, lorsqu’on les encourage à me fouiller, par provocation, ils sont gênés et mal à l’aise, osant à peine me palper, et encore très succinctement, pour ensuite vérifier ma pochette du bout des doigts. Comme si un handicap était une marque de respectabilité et de probité. Ce genre de négligence par apitoiement pourrait coûter très cher un jour, en France ou ailleurs. Car un handicap, aussi important et impressionnant visuellement soit-il, n’immunise pas contre les extrémismes, intégrismes et autres radicalismes meurtriers. Mésestimer cette vérité, c’est faire preuve d’angélisme ; en fait, c’est du délit de faciès inversé. Cette situation ubuesque montre le ridicule d’un état d’exception face au terrorisme. Ça ne rassure que ceux qui nous l’imposent et ceux qui veulent bien y croire. Vive l’état d’exception ! Courage fuyons la réalité et la vérité, voilons-nous la face et laissons faire cette gauche gangrenée jusqu’à la moelle. Car tout ce carnaval marche à fond. La majorité se laisse docilement museler. Et pour pimenter la sauce, on veut instaurer une déchéance de nationalité pour les binationaux ! C’est franchement consternant. On est français ou on ne l’est pas. Que va-t-on faire contre un terroriste pur blanc, franco-français depuis des générations ? L’extrader vers la Corse ou la Guyane ? Et s’il est franco-allemand ou franco-américain, on le rendra à Merkel ou à Obama ? Bien sûr que non. François Le Pen ou Jean-Marie Hollande devient affligeant. Il perd le nord à vouloir ratisser large en vue des présidentielles. Et les socialistes suivent ou se taisent pour la plupart. C’est un consensus démagogique inepte. En politique, perdre son sang-froid est une preuve d’incurie.

    Pendant ce temps, depuis les attentats terroristes du 13 novembre, j’entends parler autour de moi de haine et de peur. Lorsque je demande « haine et peur de qui ? », On me répond : « des islamistes » ou « des Arabes », en somme un ennemi indéfinissable et tellement méconnu du lambda qui est sujet à tous les amalgames, toutes les généralisations et tous les rejets xénophobes dès lors qu’on attente à sa sécurité. On n’a pas été touché par les attentats, même de loin, mais on éprouve de la haine par anticipation et une peur aussi conditionnelle que conditionnée de l’étranger – plutôt basané – et, par ricochet, des migrants du Sud et de l’Est qui viennent vivre à nos crochets et à nos dépens, évidemment. L’essentiel dans un tel contexte, c’est d’avoir un ennemi, ça permet d’expurger sa peur, de la diriger sur une cible préférentielle. Il y a un indéniable manque de discernement, de recul et de connaissances sur ce dossier – comme sur bien d’autres – qui est symptomatique de la docilité timorée et apeurée ambiante. On (se) laisse faire, comme à l’hôpital où je croise régulièrement ce type de comportement d’abandon, de résignation et de renoncement à son intégrité ; dans les deux cas, on râle mais on remet sa vie et/ou sa liberté entre les mains d’une autorité supérieure, pourvu qu’elle nous sauve. En février, il y avait 4 millions de personnes dans la rue pour défendre nos libertés et nos valeurs républicaines. Aujourd’hui, alors qu’il y a une grave atteinte à ces mêmes libertés et valeurs, pratiquement personne ne moufte. Allez comprendre quelque chose. France, terre de contradictions et d’incohérences. France où, pour bon nombre, le pire ennemi c’est soi-même, son incapacité à contextualiser certains événements et à prendre du recul, donc à être autonome. Le pire ennemi de l’Homme, c’est lui-même, sa part irrationnelle et primaire. Se laisser submerger par ses peurs, c’est perdre tout contact avec la réalité, c’est survivre. En ce sens, les attentats terroristes, nous mettent certes de façon violente devant une vérité très dérangeante : nous sommes mortels, terriblement mortels, et lorsque c’est l’heure, c’est l’heure ; sauf à se suicider, on ne choisit ni le moment, ni le lieu, ni la manière. Face à la mort, les plus touchés, ce sont « paradoxalement » les vivants. Par angoisse ?

    Tout ça évidemment fait le jeu du Front National, surtout à la veille des Régionales. On y joue tellement bien de la peur, du nationalisme franchouillard et de l’exclusion. À tel point, que je vais voter utile au second tour, c’est-à-dire la liste menée par Philippe Richert que je ne tiens pourtant pas en très grande estime, car je ne tiens pas à ce que la Région Est tombe dans l’escarcelle de l’extrême droite et d’une girouette arriviste telle que Florian Philippot, qui débarque dans ses bottes de conquistador présomptueux qu’il est, alors qu’il n’a aucune connaissance véritable de la culture locale qu’il a la prétention de convertir. Or, il risque de réussir sa colonisation méprisante. Un tel aveuglement citoyen est dramatique mais ne dérange pas outre mesure les roitelets de gauche. Ce qui est révélateur et désespérant dans le contexte actuel, c’est que quelqu’un comme Alain Soral a le vent en poupe depuis le 13 novembre. Ces théories fumeuses sont écoutées parfois avidement sur YouTube. Son complot sioniste a par exemple très bonne presse. Ça détourne (un peu) de l’islamolophobie… Les sionistes, paraît-il, utiliseraient les islamistes pour détourner l’attention et envahir, entre autres, la Syrie afin d’agrandir le territoire israélien ! Et ça marche, il arrive à convaincre de plus en plus de crédules ! Dans ces conditions, comment ne pas craindre le pire pour la France et pour la démocratie ? Dans tous les cas, on trouve toujours un vilain à se mettre sous la dent. Pendant que de Villiers reçoit, en ratissant large (lui aussi), à La Rotonde, noblesse oblige : il rêve tant d’être calife à la place du calife en 2017…

    En fait, à bien y regarder, la politique est une affaire de machos, même en jupe très souvent. Comment s’étonner après cela qu’elle ne cesse de régresser et de s’embourber dans un bellicisme vengeur de guerriers outranciers ?

    Faut dire que la majorité des médias facilite cette dérive des incontinents culturels et politiques. Qui s’en étonne ? À force de patauger dans le sensationnel, le matraquage, l’approximatif et les incompétents, afin de gagner quelques points d’audimat, le journalisme n’est plus qu’une vulgaire denrée indigeste, à quelques trop rares exceptions près.

    Un conseil, si vous souhaitez vous changer les idées : aller voir le magistral Strictly criminal de Scott Cooper, avec un époustouflant Johnny Depp, comme on ne l’a pas vu depuis très longtemps. C’est du terrorisme mafieux scotchant. Deux heures de grand cinéma. Je me demande juste pourquoi avoir remplacé le titre original Black mass par un autre titre en anglais ? Du n’importe quoi… qui n’enlève rien à la qualité de ce film.

    Avec tout ça, la vie continue. Et elle continuera aussi longtemps que la Terre n’aura pas été détruite par le prédateur qu’est l’Homme. Je conseille d’ailleurs vivement de lire L’Agroécologie, une éthique de vie de Pierre Rabhi chez Actes Sud. Un petit bouquin indispensable pour comprendre et inverser la donne, avant qu’il ne soit trop tard, car l’autodestruction est bien entamée.

    Bonnes fêtes de fin d’année !

  • CinémaS : zénitudes

    Posté le 28 septembre, 2015 Marcel 2 commentaires

    Wittisheim, au sud-ouest de Strasbourg. Un bâtiment en tôle qui ne paye pas de mine. Un magasin-entrepôt comme on en voit beaucoup. Ici, Les jardins de Gaïa ont leur siège. C’est un des grands importateurs, distributeurs et revendeurs de thé, au même titre que Le palais des thés, autre chaîne très réputée en France. Mais, une fois à l’intérieur de la boutique/salon de thé, on change d’univers, d’ambiance et d’atmosphère. Ce basculement est impressionnant. Nous avons été invités par un ami très cher qui connaît et partage notre goût pour le thé, les thés en général. Nous nous sommes installés sur la terrasse en bois bordée de part et d’autres de jardins japonais. Plénitude et zénitude garanties. On ne sent pas passer le temps, il glisse sur vous. C’est un dépaysement total, d’autant plus qu’il y a le décalage entre l’extérieur et l’intérieur. Si vous aimez le thé, c’est un endroit à découvrir à la première occasion. Sur rendez-vous, vous pouvez assister à une cérémonie traditionnelle du thé, dans une pièce prévue à cet effet.

    Après cette plongée dépaysante et apaisante, The Lobster, prix du jury 2015 à Cannes, est à voir absolument si vous aimez l’anticipation poétique, un cinéma très écrit, et très bien écrit, qui sort des sentiers battus. Ce film réalisé par Yorgos Lanthimos, avec Colin Farrell, Léa Seydoux et Rachel Weisz, raconte l’histoire d’un homme qui a trente jours pour ne pas être transformé en homard – d’où le titre. Ça ne se raconte pas, ça se déguste, jusqu’à la fin. On est emporté dans un univers ineffable qui est une critique ironique et savoureuse de notre société. Colin Farrell est méconnaissable et tous les acteurs sont parfaits. Mais je crains que ce ne soit pas un film fait pour faire un tabac, et c’est bien dommage.

    Dans un autre registre, Ricki and the Flash de Jonathan Demme, avec Meryl Streep époustouflante en vieille rockeuse, entourée de Kevin Kline et de sa propre fille, Mamie Gummer, vaut le détour. C’est une comédie enlevée, délicieuse et légère, avec ce qu’il faut d’émotion et d’humour. À voir pour passer un bon moment.

    Quant à Youth de Paulo Sorentino, on frôle le chef-d’œuvre, de mon point de vue, avec des monstres sacrés à l’instar de Michael Caine, Harvey Keitel et Jane fonda, très bien secondés par Rachel Weisz et Paul Dano. Un film inclassable et irracontable, poétique, inspiré et superbement filmé.

    Ensuite, j’ai été à Saint-Dié-des-Vosges. À Mosaïque, à l’initiative de son directeur, Antoine Bressand. Plus exactement, j’y suis retourné afin d’animer trois jours de formation, de rencontres, de découvertes, d’écoute et d’observation. Ma première impression a été très vite confirmée. Environnement et confort exceptionnels – même si tout n’est pas parfait du point de vue de l’aménagement des espaces dans certaines unités ; si tous les établissements pouvaient ressembler à celui-ci, ce serait du bonheur pour les personnes accompagnées et les professionnels, particulièrement pour les personnes déficientes mentales et/ou psychiques dépendantes qui résident encore trop fréquemment dans des locaux relativement ou très vétustes et exigus, occasionnant des conditions de travail très difficiles. À Mosaïque, malgré les cris poussés par intermittence par certains résidant/habitant/locataire/pensionnaire/etc., c’est étonnamment « calme » et paisible dans certains services, quand j’y passe – en fait, ne sachant trop comment les dénommer, chaque établissement, chaque association a son appellation plus ou moins contrôlée des personnes qui y vivent mais c’est accessoire et superflu car, très souvent, la dénomination est un cache-misère qui permet de se donner un peu ou beaucoup de bonne conscience, un cautère sur de mauvaises ou discutables pratiques et/ou des conditions d’hébergement parfois si déshonorantes pour nos prétendues valeurs humanistes, contrairement à ce que je découvre à Mosaïque. Ici, c’est toujours aussi lumineux et vivant. Attentionné et prévenant bien qu’on puisse y travailler en sous-effectif par manque de moyens pécuniaires. On ne le dit pas suffisamment mais l’État est le plus grand et le plus hypocrite des maltraitants. En effet, d’un côté, il se fait le pourfendeur de la maltraitance, entre autres en institution, et, dans le même temps, il ne cesse de réduire les subventions, les dotations consacrées au milieu médico-social, sanitaire et médical, contraignant les établissements à fonctionner en équipes réduites. À Mosaïque, il me semble qu’il faudrait idéalement un accompagnant pour deux résidants – au minimum trois –, il y en a régulièrement un pour quatre. L’État fait de la charité à bas prix qu’il compense par de la morale à la petite semaine. C’est délétère, dangereux et mesquin. Ainsi, j’ai appris l’autre jour qu’à Saint-Louis, dans une structure très connue, il y a un veilleur de nuit (AMP ou aide-soignant) et un vigile (par obligation) pour… 86 « pensionnaires » déficients intellectuels ou psychiques ! Dont un grand nombre en situation de grande dépendance et/ou médicalisé. C’est irresponsable, méprisant et bassement mercantile (car l’État n’est pas l’unique fautif dans une telle conjoncture, c’est souvent aussi le fruit d’une politique gestionnaire de l’établissement), jusqu’au jour où il y aura un drame, ce jour-là, le veilleur de nuit jouera le rôle de fusible. La politique médico-sociale en France est indigne des vertus que ce pays affiche, dont il se targue d’être le porteur. Alors que le médico-social, le sanitaire et le médical sont le plus grand employeur de l’Hexagone et devraient être la vitrine de nos valeurs humanistes inspirées par les philosophes des Lumières. Or, depuis 2007, l’humanisme hollando-sarkozyste vaut que dalle ; en huit ans, ils ont réussi à complètement détricoter et piétiner la loi du 11 février 2005. France, nation de moralisateurs imbus de leur incompétence et de leur inhumanité. Heureusement, il existe de véritables êtres de lumière et d’humanité sur le terrain, tels les accompagnants – qui restent majoritairement des accompagnantes, hélas – de La Maison Mosaïque et de La Maison du XXIe siècle – les deux étant situées à Saint-Dié-des-Vosges et gérées par l’association Turbulences. Du reste, des éducateurs du second foyer ont assisté à la formation ou à la conférence finale. En fait, j’ai rencontré et entrevu des accompagnants médico-sociaux et médicaux d’une exceptionnelle et encourageante humanité. Des personnes en mouvement intérieur, en questionnement, toujours prêtes à remettre en question leurs pratiques professionnelles parce qu’elles ont le souci permanent d’être authentiquement présentes à l’autre durant leur temps d’accompagnement quotidien. Des personnes conscientes de leurs limites et lucides sur leurs contradictions. Dont la propension inconsciente (ou non) d’avoir une attitude/approche potentiellement infantilisante à l’égard de leurs « protégés » n’est pas la moindre. De ce fait, mes observations m’ont amené à leur suggérer de partir, pendant un an, du postulat que les personnes qu’ils accompagnent comprennent ce qu’ils leur disent ; peu importe ce qu’elles comprennent ni comment elles le comprennent, elles le comprennent d’une façon ou d’une autre, plutôt que de partir de l’idée/conviction préconçue qu’elles ne comprennent pas, donc de leur parler comme à des enfants. Passant ainsi d’une relation où l’autre est considéré spontanément comme étant un enfant dans un corps d’adulte à une relation où l’autre est abordé comme un adulte ayant l’intellect d’un enfant. En somme, le valoriser et l’autonomiser autant que faire se peut plutôt que de le surprotéger, se donnant et donnant de ce fait du sens à une existence qui ne paraît pas en avoir, d’après nos critères rationnels ; envisager la personne accompagnée sous l’angle de ses capacités potentielles plutôt que de ses incapacités présumées, afin de lui offrir une vraie chance de se développer, quelle qu’elle soit. La bientraitance est un dogme trop limitatif à mon sens. On peut mettre tout et n’importe quoi derrière ce concept tellement judéo-chrétien. Il faut prôner, apprendre et encourager l’empathie. Encore faut-il qu’il y ait assez de personnel dans les établissements médico-sociaux, car l’accompagnement empathique nécessite un nombre suffisant d’accompagnants ; des professionnels très aguerris et compétents, spécialement dans le cadre de l’accompagnement si spécifique des personnes déficientes intellectuelles ou psychiques. Nos politiques et tous les fonctionnaires d’État et des collectivités locales devraient être obligées de faire un stage dans de tels lieux de vie dont ils font, si fréquemment, des mouroirs, des antichambres pour le purgatoire. Travailler à Mosaïque, même brièvement, rend très humble. Comment ne pas le devenir et ne pas s’interroger sur le sens de la vie face à cette femme d’une quarantaine d’années qui, il y a deux ou trois ans, était une épouse et une mère de famille, peut-être même avait-elle un travail, et qui, désormais, se balance violemment dans un fauteuil roulant en émettant régulièrement des hurlements, le regard empli d’une panique indicible que personne ne peut décrypter, personne n’est en mesure de dire ce qui se passe dans sa tête, tout le monde autour d’elle se sent démuni et impuissant face à cet enfermement effrayant et déchirant, car elle est cérébrolésée. Travailler dans le milieu médico-social relève, à mes yeux, d’une forme de sacerdoce, d’une profonde humanité qui, malheureusement, fait défaut à de nombreux éducateurs qui font accompagnant quand ils devraient être accompagnant afin de comprendre et de cultiver la présence à l’autre et l’accompagnement empathique.

    En parallèle, grâce à une brève parue dans Mediapart, je suis tombé sur une étude de l’OFDT (observatoire français des drogues et toxicomanies), qui nous apprend que le « coût social » de la consommation de tabac et d’alcool en France est évalué à 240 milliards par an ! 120 milliards pour le tabac et 120 milliards pour l’alcool. Une bagatelle. En comparaison, les drogues illicites ne coûtent que 8,8 milliards. Ce « coût social est composé du coût externe (valeur des vies humaines perdues, perte de la qualité de vie, pertes de production) et du coût pour les finances publiques (dépense de prévention, répression et soins, économie de retraites non versées, et recettes des taxes prélevées sur l’alcool et le tabac) », explique l’auteur de ce rapport, Pierre Kopp – http://www.ofdt.fr/publications/collections/notes/le-cout-social-des-drogues-en-france/. Malgré les recettes et les (macabres) économies, l’alcool, le tabac et les drogues coûtent près de 250 milliards par an aux contribuables français. Le chiffre laisse interrogateur. C’est impressionnant et désolant. D’autant que les gens addict sont fréquemment, au mieux, sourds et aveugles, partant du principe que ça n’arrive qu’aux autres, que « je tiens l’alcool », « je contrôle » ou autre mantra immuno-dépendant. Jusqu’au jour où…

    Je suis bien placé pour m’en rendre compte, dans ma position de personne nécessitant un accompagnement constant et employeur de surcroît. Certaines addictions rendent irresponsable et sont dangereuses pour autrui, notamment les drogues et l’alcool – c’est moins le cas avec le tabac si on respecte certaines règles (ne pas fumer dans une pièce ou un appartement, en présence d’un enfant ou d’un adulte non-fumeur ; le faire, c’est irresponsable et égoïste). Par exemple, bien que mon contrat de travail stipule qu’il est interdit de dépasser deux verres d’alcool par repas festif, ce chiffre tenant compte des 0,8 g d’alcool autorisé par la loi, au mépris de ma sécurité, il m’arrive d’être accompagné par des personnes qui ignorent cette clause bien qu’ayant signé ce contrat en toute connaissance de cause. À ce jour, ce sont systématiquement des hommes. Pourquoi ? Ils sont capables d’ingurgiter sans états d’âme jusqu’à huit verres de vin minimum, quand bien même ils sont responsables de ma vie et de ma santé. J’en ai connu un qui, rejetant mon appel à la raison, a dû s’arrêter sur une aire de repos, à une trentaine de kilomètres de mon domicile, pour se reposer pendant une heure, c’était l’hiver, il faisait froid et ça aurait pu être pire pour moi. Un autre en avait bu tout autant car, estimait-il, il était en présence responsable, c’est-à-dire en soutien du collègue de service au cas où, et ce qui devait arriver arriva : le collègue s’est senti mal, il a donc fallu prendre le relais au pied levé ; l’imbibé n’a pas été très fier et s’est même fait très peur. Mais ces deux-là – le premier fut licencié quelques temps après, le second eut la sagesse de démissionner, se sentant incapable d’assumer pleinement les contingences et les responsabilités de son emploi – ne se sont jamais vantés de chercher des bistrots à proximité de notre hôtel, avant chaque déplacement, comme ça m’est aussi arrivé. Était-ce de la naïveté, une forme de provocation ou autre chose ? Parce que, effectivement, cet homme profitait de la moindre occasion pour aller boire ou même boire sans vergogne à côté de moi – allant jusqu’à se rendre dans un bar à 23h30, après m’avoir couché, en préférant oublier que si j’avais une urgence (ce qui est le cas une à deux fois par an), il est censé être opérationnel ; une autre fois, alors que je rentrais à l’improviste à l’hôtel avec une autre accompagnante, nous l’avons trouvé accoudé au bar de l’hôtel et bien éméché. Avoir un handicap est un métier à risques mais certains risques sont inacceptables car ils relèvent de l’irresponsabilité et d’un manque de conscience professionnelle, ainsi que d’une trahison éhontée du contrat de travail. Quand le besoin est plus fort que la raison, il faut avoir l’honnêteté et la probité d’arrêter avant que ce soit trop tard, avant d’avoir fait la faute irréparable ou se maîtriser pendant son temps de présence au travail. 250 milliards, c’est un gouffre pour la société mais si, en plus, on met consciemment son prochain en danger et/ou dans l’inconfort, ce n’est plus de l’irresponsabilité, c’est de la maltraitance et de la mise en danger volontaires. Je suis un ardent défenseur du respect des libertés individuelles, tant que ces libertés tiennent compte des libertés et du bien-être d’autrui. Chacun fait de sa vie ce qu’il veut mais on ne peut pas jouer avec la vie et la santé de son prochain, pas impunément et indéfiniment, tôt ou tard il y a le retour de bâton, d’une façon ou d’une autre, et rarement de là où on pourrait l’attendre. Encore faut-il avoir la lucidité, la volonté et le courage de regarder la vérité en face et de se prendre en main. Être responsable a un prix.

    À part ça, si vous n’avez pas lu Hollande, président par défaut, un article écrit par Joseph Macé-Scaron, une des grandes plumes de Marianne, je vous y encourage vivement. Tout est dit dans le titre mais il faut lire cette chronique d’une justesse, d’une intelligence et d’une culture bluffantes. Vous pensez bien que le constat n’est pas réjouissant mais il a le mérite d’être lucide et pertinent. Le lecteur ne s’en sentira pas moins impuissant. Néanmoins, l’article aura enrichi sa réflexion et sa perception d’une pathétique réalité politique. Et nous ne sommes pas arrivés au bout de notre « chemin de croix ». J’en veux pour preuve le fait qu’on voyait Tsipras en réincarnation de Jaurès ou de De Gaulle et ce n’est qu’un clone de Hollande. Pour le moment ? En tout cas, plus indulgents que moi, les Grecs viennent de lui donner une nouvelle chance pour se rattraper. La dernière ? Pendant que Valls, dans Des paroles et des actes, sur France 2, reste droit dans sa muleta, à l’instar du bon matador qu’il est, totalement imperméable et imperturbable devant les chiffres sans appel qui lui sont servis. Ça c’est de la conviction ou je ne m’y connais pas. À moins que ce soit une incompétence d’un aveuglement inconsidéré ? Mais où va-t-on mes aïeux ?

    Et, pendant ce temps, on apprend que les océans ont été vidés de la moitié de leurs habitants en une quarantaine d’années, que les glaciers sont au plus bas, que le temps n’est plus ce qu’il était, et que fait-on pour les générations futures, pour nos enfants ? Pas grand-chose. Le fric est roi, les riches de plus en plus riches et indifférents aux désastres écologiques, les politiques de moins en moins courageux et crédibles et de plus en plus opportunistes et arrivistes. Normal, ils tablent tous sur la certitude qu’on va trouver une autre planète où ils pourront s’exiler ou émigrer avec euphorie. Avec l’argent tout est possible, même être con, égoïste et inconséquent. En attendant, on nous alerte, on nous alerte, on nous alerte. Pourquoi faire au juste ? Pour nous faire peur ? Quel cinéma !

    À ce propos, SOYEZ COMPRÉHENSIFS ET POLIS AVEC MON PERSONNEL IL N’Y EST POUR RIEN. C’est ce qui est placardé en grand chez l’ophtalmologue accessible du coin. Mazette, les pauvres assistantes. En dessous, il explique que, par exaspération, les gens s’en prennent à ses employées – en fait, d’après l’une d’elles, il s’est fait frapper deux fois en quelques mois. Et on peut les comprendre, les gens. J’ai passé 2h30 à poireauter. La salle d’attente était bondée ; elle déborde à toute heure. 1h30 à moisir pour me coltiner un examen complémentaire, donc rebelote pour ¾ d’heure de rab à faire le pied de grue, et pour apprendre que Speedy Gonzales a mal lu mon dossier ! Par conséquent, par acquis de conscience, il me prescrit un traitement à la cortisone et un nouveau rendez-vous… À raison d’une dizaine de clients par heure, au minimum, qui rapportent en moyenne une centaine d’euros par tête de pipe, pendant au moins huit heures par jour, sans compter les opérations chirurgicales, généralement très juteuses, vous imaginez la bombance du tiroir-caisse ? En fait, son cabinet est un musée cynique. Vous en connaissez beaucoup qui peuvent se payer, entre autres, deux œuvres de César à 100 000 € au bas mot et les exposer dans leur entreprise à misère florissante ? Heureusement que les exaspérés ignorent, pour la très grande majorité, je pense, la valeur de ce qu’ils ont sous les yeux. Les pigeons auraient du mal à digérer la farce. Mais quelle idée de bosser dans une usine à fric, faut être maso ou vachement bien rémunérée ? Surtout que le plus ironique de l’affaire, c’est que ce monsieur traite ses employées publiquement tels des chiens – en l’occurrence, des chiennes. On dirait du Buñuel. Qui m’aura coûté 69 €. Enfin à la sécu. Au moins on sait où va son trou, ça rassure. Une dernière précision : la carte bancaire est refusée, il n’y a pas de petites économies… Quant au liquide que j’ai vu engranger dans un tiroir, combien sera déclaré ? Désolé, je suis mauvaise langue. On ne se refait plus à un certain âge.

    Dans le même ordre d’idées, The Program de Stephen Frears est hallucinant à voir, très instructif et si révélateur de notre époque assoiffée de pognon et de pouvoir démesurés, de gloire pathétique, à n’importe quel prix. Il nous raconte le cas Lance Armstrong, avec des détails sidérants. Il nous montre jusqu’où des êtres sont prêts à aller pour gagner toujours plus. La tentation de Faust dans une société libérale décadente. Lorsque des hommes, surtout des hommes ai-je l’impression, sont prêts à mettre leur santé en danger pour un podium ou encore plus de pèze – qu’ils n’emporteront pas après leur mort inéluctable –, en trichant, volant, spoliant et mentant avec morgue, sans morale, uniquement par orgueil et ivresse de la suprématie, le pire n’est jamais loin. Lance Armstrong est le reflet de nos sociétés, de ce qu’elles ont de plus moche ; et dire que tant de politiques et de grands patrons sont des Armstrong cyniques, sans âme et en général sans réelle envergure humaine – cf Martin Winterkorn, l’honorable PDG de VW qui s’est fait virer avec 28 petits millions en dédommagement… La solidarité et l’amour du prochain sont des valeurs qu’on laisse au peuple, aux crédules, aux naïfs, dans nos sociétés du mépris d’autrui. Ceci étant dit, ce n’est pas le meilleur film de Stephen Frears mais il vaut le détour.

    Et puis, surtout, ne ratez pas Much Loved de Nabil Ayouch, un très grand film marocain sur la condition des femmes dans ce pays « en voie de développement », comme on dit chez nous. Plus particulièrement, celle totalement méconnue des prostituées marocaines. Un film magnifique au scénario époustouflant de justesse, nourri une écriture ciselée ; tout le monde en prend pour son grade, ce qui laisse deviner le courage immense qu’il a fallu pour le réaliser et pour le jouer. Les actrices sont impressionnantes de véracité.

    Après ça, se détendre et s’amuser, ce n’est pas de refus. Agents très spéciaux : Code U.N.C.L.E. de Guy Ritchie est un excellent divertissement. Un remake de la série américaine éponyme des années 1960, très réussi, drôle, enlevé, intelligent et plein de rebondissements. Le casting est irréprochable et la mise en scène pleine de clins d’œil.

    Et pour terminer, ce voyage, d’une richesse et d’une intensité revigorantes, au Havre. Vous connaissez Le Havre ? Par-delà les idées reçues, s’entend. Parce que le chômage, très important, par conséquent la misère, et la réputation plutôt prégnante de ville sans attrait, voire moche – que la première impression ressentie en entrant dans la ville confirme (une vision assez apocalyptique de prime abord) –, ne donnent guère envie de s’y attarder. C’est une erreur monumentale. Le Havre, ville presque entièrement détruite en 1944, vaut bien mieux que sa réputation – à l’instar de nombre de réputations d’ailleurs. Car, plutôt que de reconstruire à l’identique, les édiles locaux ont fait le choix judicieux de regarder vers le futur. Le Havre se mérite et se découvre. Ce que j’ai eu la chance de pouvoir faire grâce à une amie amoureuse de la cité. Il faut voir l’église Saint-Joseph, l’étonnant Volcan conçu par Oscar Niemeyer – un des théâtres/centres culturels les plus modernes et originaux de France, me semble-t-il –, la place de la mairie ou le littoral avec ses villas somptueuses de modernité, elles aussi. Le centre-ville est du reste inscrit par l’Unesco au patrimoine mondial de l’humanité, c’est dire l’intérêt de cette sous-préfecture qui a opté pour le béton, les lignes à angles droits – y compris les rues – et le préfabriqué, grâce à Auguste Perret (mairie et église), un architecte génialement audacieux. Et puis, lorsqu’on me connaît, une petite halte dans Le Grand Large s’impose, très bon restaurant gastronomique avec sur la Manche. Seul bémol, mais il y en a probablement d’autres, l’accessibilité de la voirie laisse beaucoup à désirer. Enfin, les havrais sont des gens, comme tous les nordistes, accueillants, ouverts et authentiques. Deux jours au Havre, ce sont deux jours d’humanisme et d’enthousiasme. Un vrai bonheur de travailler avec de telles personnes, qui plus est devant un amphithéâtre bondé. Une bouffée d’oxygène venue du… grand large. En passant, un adjoint au maire me confie que de nombreux élus soutiennent la cause de l’accompagnement sexuel des personnes « handicapées » en… coulisses par crainte de faire vaciller leur strapontin. Courage restons !

    À bientôt, bon voyage et bon cinéma…

  • CinémaS III

    Posté le 5 septembre, 2015 Marcel 2 commentaires

    Jusqu’où peut mener la passion du cinéma ? Jusqu’à aller voir La niña de fuego de Carlos Vermut à Nîmes, dans un cinéma d’art et essai comme il y en a de moins en moins et qui sont généralement inaccessibles en fauteuil roulant. Ici, dans Le Sémaphore, les six salles sont à peu près accueillantes, si ce n’est que j’avais le nez pratiquement sur l’écran, ce qui n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais bon, c’est mieux que rien. Quand on aime, on prend sur soi parfois (souvent). Et le film vaut le détour. Un très bon scénario de ce thriller psychologique, bien intrigant, bien troublant, très bien filmé – tout est suggéré – et très bien joué. Que demander de plus. En plus, il y a l’ambiance très particulière des cinémas d’art et d’essai, chaleureuse et passionnée à la fois ; car on n’y trouve que des cinéphiles, des vrais, et des gens qui ne veulent pas se faire plumer comme c’est le cas dans les grands complexes. Et puis, puisque nous étions dans le sud, autant aller jusqu’à Avignon pour voir Summer de Alanté Kavaité, un film lituanien d’une esthétique époustouflante. L’histoire n’a rien d’original – quoique puisque nous sommes en Lituanie – mais les images et les angles de prise de vue sont de toute beauté ; les actrices sont à l’avenant. Nous l’avons vu dans un autre cinéma d’art et essai, l’Utopia qui s’y trouve place Maria Casarès, laquelle jouxte le Palais des Papes ; la cour est surplombée par une de ses tours. Ce cinéma est une merveille à plus d’un titre. Il est visiblement très ancien, sa décoration est magnifique, des propriétaires d’une prévenance incroyable : ils n’ont pas hésité à mettre la séance au rez-de-chaussée afin que je puisse voir le film et, en plus, ne nous voyant pas arriver, ils ont retardé le début de la projection ; en fait, nous nous étions égarés dans Avignon car mal renseignés. Le cinéma faisant également café-restaurant, nous en avons profité pour nous installer à la terrasse avant de repartir. Il faut impérativement soutenir ce genre de cinémas en voie de disparition. On se sent forcément chez soi dans ce genre d’endroit convivial.

    Pourquoi aller aussi loin pour voir des films ? Parce que les salles d’art et essai ne sont justement pas accessibles à Strasbourg. Malheureusement. Et quand on aime, on ne compte pas.

    Strasbourg où je suis allé voir, dans la foulée, et dans le multiplexe, American ultra de Nima Nourizadeh. Un film d’action croustillant. Distraction et plaisir garantis. Vachement bien joué par-dessus le marché. Que demander de plus ? Et, pendant que nous y étions, nous avons enchaîné avec Amnesia de Barbet Schröder. Dans le décor idyllique d’Ibiza, un drame psychologique sur fond historique, encore une fois très bien joué, notamment par Marthe Keller qu’on ne voit pas souvent.

    Et puis, La belle saison de Catherine Corsini, avec une Cécile de France et une Izia Higelin irrésistibles dans le rôle de féministes engagées et lesbiennes dans les années 1970. La reconstitution d’époque semble très juste pour qui l’a connue. Dans la foulée, nous sommes allés contempler le spectacle de son et lumière projeté durant tout l’été sur la cathédrale de Strasbourg. À ce stade de perfection, l’art du mapping est franchement impressionnant. La marée humaine sur laquelle nous nous sommes heurtés également. Un mur compact, égoïste et indifférent à son prochain. C’est du chacun pour soi. Autant dire qu’en fauteuil roulant, c’est l’enfer. Personne ne se pousserait. Pour ne surtout pas perdre sa place. Expérience surréaliste garantie. Ça donne une idée de l’effet de masse lors d’un attentat ; pas étonnant que les gens soient capables de piétiner leurs voisins pour sauver leur peau.

    En parlant de « sauver leur peau », nous avons vu la palme d’or 2015 de Cannes, Deephan de Jacques Audiard. Un film puissant, interpellant, déconcertant, dérangeant, impressionniste, très stylisé – comme toujours chez Audiard –, imparfait – la fin est complètement irréaliste. Ce n’est pas son meilleur – mais de bien meilleure facture que De rouille et d’os –, il est néanmoins à voir sans hésiter.

    Vive le vrai cinéma ! Ça console sacrément du cinoche politique. Vous avez remarqué le nombre effarant de bonimenteurs et de bonimenteuses dont regorge ce milieu, d’acteurs de série B à l’instar de Ronald Reagan, en son temps ? Et dans tous les camps, sans exception. Une parité qui n’est pas véritablement rassurante et à l’honneur de ces messieurs-dames, sauf pour les intéressé(e)s. Derniers exemples en date : ainsi que je l’avais narré dans ma chronique de juillet, si ma mémoire est bonne, j’avais rencontré Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe au maire à Strasbourg, puis, dans la foulée, Michèle Eschlimann (UDI), conseillère départementale du Bas-Rhin et maire de Wasselonne, les deux m’ont fait des promesses qu’elles n’ont toujours pas tenues ; je sais, vous allez me prêcher que le temps politique n’est pas le même que celui du commun des citoyens, le commun n’a qu’à se contenter d’être mortel. En soi, ce n’est pas une surprise puisque c’est une pratique classique dans ces milieux. En revanche, où va-t-on si on ne peut même plus compter sur la parole d’une EELV ? J’en suis vert ! Et que dire de celle d’une centriste proche de Jean-Louis Borloo ? Maman, que c’est angoissant tout ce cinéma – lorsque sa mère est une des dernières valeurs à laquelle on peut se raccrocher, il est vraiment urgentissime de s’inquiéter ! Vous ne trouvez pas ? À la limite, qu’une écologiste fasse du vent et soit opportuniste – suffit de voir (mal) Placé et de Rugy (sans crinière) –, ça passe encore (d’accord, un peu facile ma blagounette, mais les vacances viennent à peine de s’éteindre, par conséquent un peu d’indulgence). En revanche, qu’une centriste (ça fait quoi d’être centrée à droite ?) « indépendante » (tu parles) joue au même jeu éculé de l’hypocrisie politico-politicienne, c’est à désespérer d’un entendement élémentaire (mon cher Watson). Même la dynastie Le Pen est en train de s’étriper à cœur ouvert en public. Franchement, où va-t-on ? C’est vrai quoi, elles semblaient vachement sympas, intéressées, si ouvertes, disposées à nous aider autant que faire se peut, à essayer de soutenir l’association et notre cause en faveur d’une reconnaissance officielle de l’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes z’handicapées, et tout et tout. L’une était prête à appuyer une demande de rendez-vous (qu’elle encourageait très vivement) auprès du maire (PS), l’autre à soutenir auprès de son Président (LR) le projet d’organiser un colloque sur ce thème avec et dans les locaux du Conseil départemental, me proposant même spontanément de me mettre en rapport avec ses copains parlementaires locaux (de droite, bien sûr) afin de la plaider, notre cause, et la faire connaître loin des idées reçues à scintiller par nos amis les journalistes à sensation. J’en parle demain au Président (du département, évidemment, faut quand même rester un peu modeste) et je vous tiens au courant, qu’elle me dit. Et je vais voir mes collègues dans les prochains jours. Août, c’est la bonne période pour les rencontrer. Il faut que vous les rencontriez pour leur parler de votre association, les médias ont brouillé le message. Je reviens vers vous très vite, qu’elle me dit encore. « Très vite » ? C’est vachement vrai que pour un politique un mois, ça donne juste le temps d’aller à quelques réceptions, de serrer des paluches pour ne pas perdre la main (et trop d’électeurs), de se taper l’une ou l’autre petite réunion entre ami(e)s et de réfléchir à son avenir politique. En fait, ils s’étaient probablement précipités à Sangatte, ses potes, dans un grand esprit de solidarité et de générosité à la Kouchner ou à Bernard-Henri Lévy, c’est pour cette raison qu’ils n’étaient sans doute pas disponibles – Bon sang, mais c’est bien sûr ! (en politique, on adore abuser des cinq dernières minutes). En attendant, au final, le résultat de ces rencontres est bien plus calamiteux que Waterloo-morne-plaine, c’est silence radio sur toute la ligne, même plus d’accusé de réception à mes courriels de relance – ben oui, j’m’inquiète pour elles, c’est si sensible et fragile des politiques ; regardez l’état de Sarkozy et de Hollande pour avoir atteint l’Olympe – et je ne parle pas des Balkany et consorts, les pauvres !… se faire plumer par une vraie justice, quelle tragédie humanitaire !!! –, même leurs partis respectifs (LR et PS) ne s’en remettent pas de leur perte de crédibilité et, visiblement, faut pas espérer grand-chose non plus du côté de l’UDI et d’EELV, on n’y est incapable de sauver les apparences, quant aux meubles, même Bernard Palissy n’aurait pas pu s’en servir. Quoi qu’il en soit, c’est pas des manières comme aurait pu dire la regrettée Arletty, celle qui s’est exclamée dans Hôtel du Nord, de Marcel Carné : « Atmosphère ! Atmosphère ! Est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ! » Une réplique qui irait comme un gant à tous ces politiques qui ne manquent pas d’air mais de souffle, d’envergure, de profondeur et d’authenticité, de véracité docteur. Quoi ma véracité ? Qu’est-qu’elle a ma véracité ?

    À propos de Sangatte, je n’apprécie guère une certaine Allemagne, celle de Merkel, Schäuble et Cie, cette Allemagne technocratique, froide, bornée jusqu’à la stupidité et sans âme. Mais je suis impressionné et admiratif de l’Allemagne solidaire qui nous donne une leçon d’ouverture d’esprit, de générosité, de bon sens et d’humanité à l’égard de la catastrophe humanitaire provoquée par l’afflux massif d’immigrants déchirés et déchirants. Allemagne, terre d’accueil. Quand la France n’est qu’une terre d’écueils gouvernée par des hypocrites irresponsables et indignes du pays des droits de l’homme, dont ils se prévalent sans vergogne et sans rire. Vive la défense et la protection de la dignité humaine. Bravo l’Allemagne. Chez nous, il n’y a que des hommes et des femmes, isolés ou regroupés dans des associations humanitaires, pour sauver notre honneur. Et que dire de ces deux mille Autrichiens facebookiens qui ont spontanément proposé d’aller en Hongrie pour chercher et ramener des réfugiés syriens à Vienne. Il y a une solidarité citoyenne bien réjouissante qui est en train de se mettre en place en Europe pour supplanter l’incurie de nos politiques. C’est dommage qu’il ait fallu tant de souffrances, de violences, de morts, entre autres celle du petit Aylan dont la photo du corps échoué sur une plage turque a fait le tour du monde et eu l’effet d’un électrochoc. Un peu partout les consciences s’éveillent, le peuple se lève, une chaîne de solidarité s’improvise. Il n’est jamais trop tard pour bien faire, paraît-il, mais quel gâchis humaniste et humanitaire.

    Quant à la France, ça fait longtemps que notre fierté nationale est en berne. Fort heureusement, il reste des fiertés citoyennes de tout bord. Mais n’est-ce pas l’individu qui fait le peuple et non l’inverse ? Ne sommes-nous pas à la veille d’un nouvel éveil des consciences ?

    De toute façon, Hollande est bien trop occupé à fourbir sa mobylette en prévision de 2017 pour se soucier de quelques malheureux immigrants hébétés, autrement qu’en les parquant dans des conditions de survie indignes et même ignobles pour le pays des droits de l’Homme et des Citoyens. Quand Valls, de son côté, essaie de se modeler un parti « socialiste » à son image et à sa main, tout en faisant un petit tour à Calais pour la forme. En fait, ça doit être relativement aisé de gouverner avec cet état d’esprit qui prend les autres de haut et/ou pour des imbéciles, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. À l’instar de Joseph Stiglitz, cet économiste américain mondialement reconnu pour ses compétences, ou les médiatiques Thomas Piketty ou Frédéric Lordon, et bien d’autres. Comment peut-on rester sourd à ce point-là et totalement hermétique aux faits ?

    Enfin, quand je dis que Hollande est trop occupé pour s’enquiquiner outre mesure avec les réfugiés, il a quand même décidé de prendre le taureau par les cornes avec son amie Merkel. Faut le reconnaître. Par conséquent, tout compte fait – et ils sont vite faits –, ils ont estimé qu’il est urgent d’instaurer des quotas. Sage décision. « Euh, excusez-moi, si j’arrive quand les quotas sont atteints, je dois faire quoi Monsieur le président de la République démocratique et des droits de l’homme réunis ? » « C’est vrai ça, Angela, si les quotas sont atteints, il fait quoi ? » « Il va voir ailleurs ou il se noie comme avant. Qu’est-ce qu’tu veux qu’je te dise, Frantz, quand y a plus d’place, y en a plus. On veut bien être solidaires et humanitaires, mais on peut pas se coltiner tous les Grecs de la Terre. N’oublie pas que c’est votre roquet qu’a foutu la merde et l’autre Bush, et toi t’as rien trouvé d’mieux que d’en rajouter une couche pour être plus viril, démerdez-vous ! Quand ma Bertha est malade, j’t’appelle pas pour m’faire le ménage, j’demande à mon mari de s’taper la vaisselle et la lessive. On a assez perdu de guerres comme ça ! Faut pas abuser. De toutes façons, faut que j’demande d’abord à Schäuble. »

    Ça vous étonne qu’il y ait un nombre exponentiel d’abstentionnistes ?

    Heureusement, qu’il reste l’humour, ce cher humour. Dans ce domaine, les médecins et les pompiers sont bien servis. À votre avis, où peut-on ranger, au hasard, une bouteille de coca et une poupée Barbie ? Je vous le donne en mille. Sûr que vous ne le trouverez pas… à moins d’avoir essayé – tous les goûts sont dans la nature, je vous l’accorde sans restriction aucune ni sans peine. Dans le rectum ! Ben oui, il y a des hommes qui se les enfoncent, et probablement d’autres choses tout aussi originales, si profond qu’ils sont contraints de se rendre (dans tous les sens du terme) tout penauds à l’hôpital afin de se les faire extraire. J’imagine la maîtrise qu’il faut dans ces circonstances au personnel hospitalier pour ne pas éclater de rire. Vu mon expérience, j’ai toujours su que c’est très difficile de travailler en milieu hospitalier mais, à ce point-là, je n’aurais jamais pensé. Et que dire du métier, que dis-je, du sacerdoce de pompiers, bénévoles de surcroît, spécialement lorsqu’ils sont appelés à la rescousse par un couple qui, comment dire, se trouve dans une posture très très délicate… Une posture vachement intime, comment dire, tellement profondément intime, enfin, si intimement intriqués, qu’ils n’arrivent plus à se séparer, enfin vous voyez ce que je veux dire. Le genre de situation où on se sent sacrément… con, si j’ose dire. Et imaginer la scène désopilante de ce couple imbriqué mis par des bras robustes et compatissants, peut-être même quelque peu gênés, sur un brancard pour être emmené aux urgences, ça vaut son pesant de cacahouètes. Encore une fois, je pense aux pompiers, aux secouristes et aux urgentistes qui ont dû subir un tel « drame ». Le plus drôle dans cette affaire, c’est qu’il aurait suffi au monsieur, de ce couple passionnément lié, d’introduire un doigt diligent dans l’anus de sa compagne afin de détendre son vagin et de les délivrer. Ne l’oubliez jamais, vous qui venez de lire cette chronique de rentrée. On ne sait jamais, on rigole, on rigole, mais personne n’est à l’abri d’une telle avanie sensuelle, sauf à être abstinent, refoulé ou lesbienne. Il n’empêche que l’on vit dans un monde formidable qui regorge de blagues bien hilarantes quelquefois. Et tant qu’il y a de l’humour, il y a de l’espoir. Je le dis et je ne cesserai de le dire : la vie est belle, tout est une question de regard, de recul et de relativisation. Toutefois, elle pourrait l’être diablement plus si certains et certaines daignaient sortir de leur bulle à œillères idéologiques et dogmatiques. Mais c’est une autre histoire…

    Bonne rentrée à tout le monde. En ce qui me concerne, je vais me plonger pendant trois jours dans la sensibilité vosgienne, avec plaisir et intérêt, dans le cadre d’une formation qui me permettra d’être en prise directe avec la réalité et les problématiques du terrain. Tout ce que j’aime.

  • CinémaS II

    Posté le 16 août, 2015 Marcel 6 commentaires

    Par certains retours, j’apprends par-ci par-là, que mes chroniques lassent, qu’elles donnent le sentiment que je suis quelqu’un d’aigri, de virulent qui « tourne en rond », ressasse tout le temps la même chose. Ce point de vue est tout à fait entendable. Effectivement, il y a quelque chose de belliqueux, de révolté même dans mes chroniques, car je le suis, pourquoi m’en cacher ? Et, à juste raison, on peut trouver que je me répète souvent d’une chronique à l’autre. Mais qui tourne en rond ? La société ou moi ? Plus exactement, nos sociétés ou moi ? Car ce sont toutes les sociétés néolibérales qui sont en train de détruire, de bafouer, de piétiner et de cracher avec un mépris désormais indéniable sur la démocratie, sur les notions de liberté, de solidarité, d’humanité et de justice sociale. Ce qui signifie que, pour ne pas me répéter, il faudrait que je m’en foute, que je me contente de constater et de laisser à chacun ses merdes, sa misère et ses injustices. Le problème, c’est que je ne peux pas, je ne sais pas me voiler la face. Je ne sais que dénoncer, a minima, ou m’engager pour défendre une cause, quand j’en ai les moyens et la possibilité. Si tout le monde en faisait autant, peut-être que notre monde tournerait mieux ? En revanche, pour ce qui est d’être aigri, il faudra qu’on m’explique. Qu’on décèle de la vindicte, de la tristesse, parfois du désespoir et de la colère dans mes textes, c’est indéniable, mais de l’aigreur, c’est très étonnant. Pour être aigri, il faut se sentir lésé, frustré, spolié. Ce qui est loin d’être mon cas, j’aurais plutôt tendance à avoir l’impression de faire partie des privilégiés. Je ne suis pas millionnaire mais je vis correctement. Je dénonce des incohérences et des injustices politiques, sociales et administratives, mais quand j’y suis personnellement confronté, ça ne m’angoisse pas plus que ça car j’ai les capacités de m’en sortir, ce qui n’est pas le cas pour 90 % au moins de mes concitoyens ! Évidemment, on peut se demander ce que j’en ai à faire des autres ? J’ai, tout bêtement, une allergie congénitale à toute forme d’injustice, d’atteinte à la liberté, de non-respect du droit à l’autonomie et de l’égalité des chances. La troïka ou le quadrige, avec l’aval de l’« Union » européenne est en train de punir les Grecs d’avoir osé dire « non », d’avoir osé s’insurger contre une politique austéritaire insensée, destructrice, aveugle et sourde. On va laminer un pays, une nation, par idéologie. Parce que la politique n’a plus son mot à dire. On va l’écharper sous le regard indifférent, égoïste et lâche de la France – notamment –, et il faudrait rester impassible, indifférent à la souffrance et au désespoir d’un peuple « ami » ? Le 9 juillet, en Bolivie, François II, dans un discours disait : « On est en train de châtier la Terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, on sent l’odeur de ce que Basile de Césarée appelait « le fumier du diable »; le désir sans retenue de l’argent qui commande. » Parlant de « dictature subtile » du capital, de l’argent fou et sans pitié « érigé en idole ». Ce n’est pas moi qui l’ai dit. Le pape est-il aigri ? Tout ça me rappelle Les raisins de la colère de John Steinbeck pour le roman et John Ford pour l’adaptation au cinéma, deux chefs-d’œuvre toujours d’actualité. Lire la suite »

  • Les chroniques d’un Autre monde : aménagements en tous genres

    Posté le 11 juillet, 2015 Marcel Pas de commentaires

    Voici l’ultime chronique d’un Autre monde. Car tout a une fin. Et forcément un commencement. Lequel ?

    Avec un constat sans appel à la clé : exception faite des médias spécialisés, la politique du handicap et de la dépendance n’intéresse guère les médias – à commencer par Mediapart – sans accroche forte ou actualité choc, à l’instar de la première formation en France consacrée à l’accompagnement sexuel, au même titre que la seconde d’ailleurs ; ensuite, les médias vont s’en lasser et tout « rentrera dans l’ordre ». On ne peut pas appréhender correctement ce qu’on ne connaît pas. Or, le monde du handicap et de la dépendance est méconnu, sa réalité trop fréquemment sordide est ignorée, sauf par les initiés, les victimes et leur entourage. En effet, qui sait que, encore en 2015, dans certaines maisons de retraite, on met des couches à des hommes pour les empêcher de se masturber ou pour ne pas avoir à les mettre sur des toilettes ? Qui sait que, dans certaines maisons de retraite – et « certaines » est un euphémisme, hélas –, une partie du personnel traite les hommes et les femmes de vieux cochons ou de vieilles cochonnes parce qu’ils ont envie de faire l’amour ? Qui sait que, dans certaines maisons de retraite, lorsqu’un couple y rentre, on les met dans des chambres séparées ? Qui sait que, toujours dans des maisons de retraite, vous pouvez parfois rester assis pendant des heures sur votre chaise percée, en attendant qu’on s’occupe de vous ? Ça vous donne envie de finir en maison de retraite, un jour ? Pas à moi. Ce genre de traitement est indigne du pays des droits de l’homme et du citoyen. Mais c’est une réalité qu’on ne découvre que si on y est confronté, donc quand c’est trop tard. Et ce n’est guère mieux dans bon nombre de « foyers de vie » recevant des personnes handicapées, très handicapées pour le coup. Si on s’offusque de ces traitements, de cette maltraitance banale et quotidienne, c’est vraiment de façon très discrète, à peine audible. En tout cas, pas suffisamment bruyante pour être entendue par les médias et les politiques. C’est bien dommage, parce que ça aussi c’est notre France. Et une question m’interpelle : peut-on appeler « démocratie » un pays où la dignité humaine est autant bafouée et où on dénombre cinq millions de personnes vivant dans la solitude, d’après une étude que vient de publier la Fondation de France (http://www.20minutes.fr/societe/1650039-20150710-cinq-millions-francais-proie-solitude) ? On a les aménagements « humanistes » qu’on veut ou qu’on peut. Quant à l’éthique, c’est quoi cette insulte à la tranquillité d’esprit ? Qu’on se rassure, je délire, j’exagère pour me donner l’excuse de retourner dans Mon monde, celui du refus de renoncer et de fermer les yeux sur les inhumanités qui se voilent la face derrière leur burqa de bonne conscience. Et pour me consacrer à l’écriture de nouveaux livres. Ça me manquait depuis la parution de mon autobiographie. On a également les addictions qu’on peut, ou qu’on veut… Même lorsqu’on est un « têtard à tuba ». C’est un gage de normalité pas désagréable.

    Aménagements encore… Dans un article de Mediapart, intitulé Les inégalités atteignent un point critique, selon l’OCDE, on pouvait lire : « « Nous avons atteint un point critique. Les inégalités dans les pays de l’OCDE n’ont jamais été aussi élevées depuis que nous les mesurons. Les chiffres prouvent que les inégalités croissantes nuisent à la croissance. Le sujet pour une action politique est autant social qu’économique. En ne s’attaquant pas au problème des inégalités, les gouvernements détruisent leur modèle social et nuisent à leur croissance à long terme », avertit le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, en préambule au dernier rapport de l’institution « Pourquoi moins d’inégalité profite à tous », publié le 21 mai. » Et tout l’article est à l’avenant. Une constatation alarmante, révoltante, désespérante. Mais pourquoi faire ? La dernière phrase de l’article n’est guère optimiste. Mais il n’est pas nécessaire d’être un grand devin pour faire le même constat que l’OCDE, qui a mis du temps pour y arriver. Il a fallu toutes ces années pour admettre cette vérité tellement évidente, sauf pour ceux qui nous dirigent en gagnant au minimum 10 000 €/mois avec, pour notre Grand Timonier à nous, un très rondelet pactole de près de 15 000 € mensuels. Et pourquoi ? Pour creuser méthodiquement et très opiniâtrement les inégalités, détruire le tissu social, accroître le fossé entre la France d’en haut – très haut même – et la France d’en bas – de plus en plus bas –, et ne laisser que de la précarité, de la misère et de la souffrance derrière eux. Avec un profond sentiment de gâchis dû à une abyssale incompétence, prétentieuse et pleine de morgue de surcroît. Nos dirigeants détruisent notre tissu social sans états d’âme, bien campés dans leur bon droit, « droits dans les bottes », comme disait Juppé. C’est dramatique. Je n’aimerais pas être à la place des travailleurs sociaux, pour avoir été en contact avec cette misère pendant plusieurs années et obligé d’admettre mon impuissance à aider par manque de moyens. Une impuissance très difficile à assumer à la longue, surtout au regard des investissements municipaux, départementaux et régionaux, en matière d’infrastructures et d’aménagement des lieux publics. Combien de fois la mairie de Strasbourg n’a-t-elle pas fait réaménager la place Kléber en quelques années, par exemple ? Tandis que, dans cette ville très touristique, la misère grouille en périphérie, isolée et sans espoir, muette et résignée. Je ne sais toujours pas quelle est la place et la valeur réelles d’un être humain dans notre société ; je sais juste qu’il passe après l’apparence et le tape-à-l’œil (cf. l’aménagement des ronds-points et des lieux affectionnés par les touristes). La question est pudiquement voilée par des silences administratifs et politiques. Et que dire du voyage en jet privé, à 3200 €, de Sarkozy pour aller au Havre et celui de Valls pour se rendre à la finale entre le FC Barcelone et la Juventus de Turin, à Berlin, aux frais du contribuable ? L’immoralité frôle l’amoralité en politique.

    En parlant d’aménagement, depuis le 18 mai 2015, le stationnement est gratuit pour les personnes en situation de handicap, sur tous les emplacements, y compris non-réservés (elles servent à quoi alors, les places réservées, avec un marquage au sol qui a dû coûter bonbon ?), pour les personnes titulaires de la carte européenne de stationnement. Une bonne chose pour certains, une décision stigmatisante pour d’autres – notamment la mairie de Strasbourg qui, comme par hasard, allait aboutir « enfin » à un accord consistant à réduire le coût du stationnement pour les personnes « handicapées », reconnaissant « enfin », après des années de tractations, que c’était injuste de les faire payer plein pot alors qu’elles mettent souvent a minima deux fois plus de temps que l’Homo sapiens modernus pour se déplacer en fauteuil roulant pour un même trajet. Et on peut légitimement se demander pourquoi c’est gratuit sur « toutes les places » à l’exception des « parcs de stationnement disposant de bornes d’entrées et de sorties accessibles aux personnes handicapées depuis leur véhicule », c’est-à-dire les parkings fermés ? À moins de ne pas vouloir contrarier les Vinci, Effia et autres Q-Parc et, bien sûr, les parcs gérés par les villes. Un sou c’est un sou. Et trop de charité risque de tuer la charité. En fait, l’argument de la stigmatisation, invoqué par la municipalité strasbourgeoise, sous prétexte d’égalité des droits, était sacrément spécieux et fallacieux. En effet, où se niche l’égalité dans cette affaire ? Et quel est le crétin qui se sentirait stigmatisé parce qu’il a la chance de bénéficier d’une gratuité en ce bas monde où tout se paye cash ? Combien ont chopé un PV inique pendant toutes ces années, comme ça m’est arrivé alors que j’étais en réanimation d’où, comme tout le monde le sait, il est très facile d’alimenter le parcmètre ; et impossible de faire sauter l’amende ? Et puis, pourquoi faire simple ? Dans certaines villes le stationnement gratuit n’excédera pas douze heures d’affilée (telle Colmar), dans d’autres vingt-quatre heures (à l’instar de Strasbourg), c’est ça l’art d’empoisonner le cadeau. En effet, comment voulez-vous connaître le règlement appliqué dans chaque patelin, sauf à appeler la mairie ou la gendarmerie du coin, avant de vous y rendre ? Vive la simplification de la vie des personnes en situation de handicap ! Vive les lois de simplification hollandaise ! Jamais contents ces « handicapés ». Ou pas dupes ? En revanche, les municipalités ont tout à fait raison de craindre une explosion des fraudes, d’autant que les MDPH distribuent assez facilement les cartes européennes de stationnement, comme lot de consolation pour les mécontents et les frustrés (la plupart du temps légitimes).

    Autres couacs d’aménagement. J’étais à la mairie de Strasbourg. Elle est accessible en… passant par le garage et le sous-sol. C’est fréquent dans les administrations, notamment dans les mairies. C’est révélateur de la place des personnes en situation de handicap moteur dans notre société. Justes bonnes à passer par derrière ou par en bas. C’est trop coûteux par l’entrée principale et ça risquerait de la défigurer. Mais le pompon, c’est la succursale de la Banque de France, à Strasbourg. Surréaliste. C’est la première fois que j’y allais, et la dernière. Je me suis retrouvé devant dix marches en marbre et aucune accessibilité. Nada. À côté de moi, une femme en fauteuil roulant. En face d’elle, une employée des lieux assise sur les marches, en train de trier les documents du dossier de la dame « en situation de rejet discriminant ». C’est innommable. Surtout lorsqu’on connaît les moyens de la Banque de France. Vive l’égalité des droits et des chances, le respect de la dignité humaine ! Le foutage de gueule et l’hypocrisie franco-française.

    Aménagement, vous avez dit aménagement ? Tous ces espaces, ces rues piétonnes que l’on continue de décorer de pavés mortels pour le dos et les fesses des « handicapés », des enfants en poussette et des cyclistes, avec une belle constance sourde à la réalité de certains. Alors même qu’il existe des pavages confortables, si j’ose dire.

    Aménagement culturel en retard de plusieurs trains, lorsqu’on remarque tous ces regards qui me dévisagent à longueur de déambulation. Mais comment s’en étonner lorsqu’on entend des mères répondre sèchement à leur enfant qui demande ingénument : « Il a quoi, le monsieur ? », « Tais-toi et avance ! » C’est idéal comme éducation, très formateur. Ce n’est pas ainsi qu’on fera évoluer le regard vers une société plus inclusive et sans préjugés réducteurs. Ce n’est pas l’enfant qui a un problème, c’est la mère, ce sont les parents, tous ces « adultes » sclérosés, angoissés et dopés aux préjugés.

    Parallèlement d’autres « aménagements » culturels se mettent progressivement en place. Ainsi en va-t-il de l’accompagnement sexuel, ce sujet brûlant et idéalement polémique sous nos latitudes allergiques, ô combien, à l’argent, au sexe et aux handicaps, surtout lorsqu’ils sont réunis, comme c’est le cas pour l’accompagnement à la vie affective, sensuelle et/ou sexuelle des personnes en situation de dépendance. Ce qui n’a pas empêché l’APPAS d’être primée le 15 juin dernier pour ses engagements en faveur de cette cause si controversée, probablement au grand dam de ses opposants. De surcroît, l’association s’est vue décerner le prix « coup de cœur » par la Fondation d’entreprises OCIRP – c’est-à-dire par des Mutuelles qui ne sont pas particulièrement réputées pour aimer les risques… ; elle a été choisie parmi plus de 260 candidatures. Certes, ce prix est purement symbolique car, d’un point de vue très pragmatique, la récompense – un plan média d’une valeur approximative de 2 à 3000 € – n’est pas d’un grand apport pour des associations qui n’ont pas les moyens pécuniaires de mettre leurs actions en œuvre. Elle n’en est pas moins importante pour l’APPAS dans le contexte actuel parce que c’est une reconnaissance officielle d’une cause à moitié illégale – ou à moitié légale. Son président étant juridiquement considéré comme un proxénète bénévole (https://www.youtube.com/watch?v=hXMFR6GzuH8) ! D’où la volonté d’obtenir à terme un aménagement de la loi, par le biais d’une proposition de loi demandant une exception à la loi sur le proxénétisme. En outre, une conférence à Grenoble et une autre à Soustons, à trois jours d’intervalle, sur le même thème de la vie affective-etc. des personnes en situation de handicap, devant deux publics très différents, montrent l’intérêt croissant pour cette cause tellement polémique, malheureusement. Dans chaque ville, nous avons fait des rencontres humanisantes et réjouissantes. À Soustons, un couple extra-ordinaire à tous points de vue. Elle, une très belle femme engagée et humaniste de cinquante-huit ans. Lui, un jovial et affable homme de trente-huit ans, artiste-peintre de renommée internationale. Carol est présidente d’une association qu’elle a fondée en 2013 et d’un centre d’accueil de jour que lui a inspiré Marc, son fils en situation de déficience intellectuelle. Rémi la soutient et milite à ses côtés. Ils sont passionnants, enthousiasmants, généreux et lumineux. Sa peinture, nous a tout de suite emballés. Leur couple, nous a séduits, dans un jeu de miroirs peu courant, exaltant et frustrant à la fois, du fait de la distance qui nous sépare. C’est agréable de se « retrouver » dans des « semblables » inversés. Rencontre magique au fin fond des Landes, indéfinissable et stimulante, au milieu d’un périple de 4500 km en quatorze jours. J’aime ces aménagements malicieux de la vie.

    Aménagement psycho-politique urgent. On savait Nicolas Sarkozy minable mais pas à ce point. C’est si en dessous de tout, qu’il faudrait lui aménager une chambre de repos capitonnée et fermée à double tour. « De toute façon, le bègue, je vais le crever », formule indigne d’un ancien président de la République qui a la prétention de se représenter en 2017, dont il a gratifié François Bayrou devant témoins. C’est méchamment, bêtement et volontairement insultant et discriminant. De quoi porter plainte et gagner avec certitude, me semble-t-il. Cependant, ce qui est le plus désolant, c’est qu’un tel personnage puisse avoir encore autant de soutien. Je me demande ce que ces gens ont dans la tête ? J’espère que Juppé va lui barrer le passage pendant les primaires. Et ce type se prétend républicain…

    Enfin, aménagements européens ou enterrement sordide ? Les Grecs ont voté le 5 juin à plus de 61 % en faveur du non, lors du référendum d’urgence pour ou contre le plan d’austérité que veut imposer la Commission européenne à un de ses membres. Quelle claque pour Juncker, Merkel, Hollande, Sarkozy et compagnie ! Quelle victoire pour Tsipras ! Pour la démocratie. Pour le berceau de la démocratie, il y a près de 3000 ans. Juste retour des choses. Mais à quel prix ? Une reddition sans gloire ou une stratégie politique (enfin) de haut-vol ? Le néolibéralisme, le conservatisme et la connerie politicarde ont des burqa idéologiques en béton armé. Qui va céder ? Qui va crever ? Le peuple bien sûr. Le petit peuple, le peuple des pauvres gens, et la démocratie, si l’intelligence politique, le bon sens et l’humanisme ne prennent pas le dessus. En attendant, chapeau les Grecs ! Ils ont au moins le mérite inestimable de sauver leur honneur et leur dignité. Triste consolation ? On le saura très vite. Il leur restera leur courage et la volonté de se remettre debout, avec ou sans l’Union européenne. En janvier, il y avait quatre millions de français dans la rue pour défendre la liberté d’expression. La démocratie prend l’eau et personne ne bouge, les rues sont vides de sens et pleines d’indifférence ou d’indolence. À qui le tour après les Grecs ? Qui osera se soulever après les Grecs ? Les Espagnols ? Les Irlandais ? Par pitié, ne cédez pas, Monsieur Tsipras. Ne vendez pas votre âme et celle du peuple grec au néolibéralisme ! Yanis Varoufakis n’a pas démissionné par hasard… Sauf erreur de ma part.

    Un conseil, soyez le Mad Max des temps modernes.

    Le dernier de George Miller est parti pour devenir un classique, un incontournable dans son genre. C’est une réussite techniquement décoiffante, dans un décor hallucinant, portée par des acteurs impeccables – Tom Hardy et Charlize Theron. Vue sous cet angle, la fin du Monde est une Apocalypse réjouissante et jubilatoire. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes et une sacrée preuve de talent.

    Si vous aimez le fantastique, allez voir Ex Machina d’Alex Garland, un petit film au scénario vachement intelligent, aux acteurs peu connus mais parfaits et aux effets spéciaux très réussis.

    Ce n’est pas le cas de La tête haute d’Emmanuelle Bercot, présentée à Cannes. Le sujet aurait pu être intéressant s’il avait été traité avec plus de finesse, trop c’est trop et certaines invraisemblances plombent le film, malgré une Catherine Deneuve et un Benoît Magimel qui font correctement leur boulot, c’est-à-dire du Deneuve avec ses tics de jeux habituels et Magimel un peu aussi.

    Idem pour Un moment d’égarement de Jean-François Richet, remake d’un film éponyme de Claude Berri. Je me demande si c’était bien nécessaire. François Cluzet en fait trop, les actrices ne sont pas convaincantes – contrairement à la première version –, seul Vincent Cassel est parfait. Mais peut-on remplacer Jean-Pierre Marielle aussi facilement ? Au final, c’est un film gentil idéal pour la télé.

    Une seconde mère de la brésilienne Anna Muylaert, avec la magnifique Regina Casé, est d’un autre niveau. J’ai adoré l’histoire de cette nounou esclave des temps modernes mise face à ses paradoxes. La dernière image est sublime.

    Idem pour Mustang de Deniz Ganze Ergüven, un film turc terriblement magnifique ou magnifiquement terrible, une chronique sociale qui décrit l’existence de cinq sœurs enfermées par leur oncle pour préserver leur virginité jusqu’au mariage forcé. Et la révolte salutaire de la cadette. À voir sans faute.

    Quant à Love & Mercy de Bill Pohlad, avec un Paul Dano et un John Cusak parfaits dans leurs rôles, c’est un biopic vraiment très réussi, prenant du début à la fin. Vive les Beach Boys et Brian Wilson, un génie méconnu à la vie terrible et rédemptrice à la fois.

    En revanche, Victoria de Sebastian Schipper est un thriller à réserver aux cinéphiles, me semble-t-il. Les autres risquent de s’ennuyer et de trouver le film creux, indifférents aux prouesses techniques assez bluffantes.

    Enfin, Tale of Tales, une coproduction italo-franco-américaine de Matteo Garrone, ou l’art de perdre son âme. Où est passé l’auteur de Gomorra ? On prend trois contes napolitains qu’on fait interpréter en anglais (vers la fin du film, un ténor chante brusquement en italien, le ridicule ne tue pas) et pas par n’importe qui : Vincent Cassel, John C. Reilly, Salma Hayek, etc., et c’est censé faire un film, alors qu’on ne voit pas le lien entre les trois histoires, si ce n’est qu’à la fin, on réunit les personnages principaux de façon artificielle. De plus, les effets spéciaux ne sont pas convaincants. Dommage, il y avait de quoi faire…

    Bonnes vacances et bel été